Gabon / Dissolution du ministère des TP : entre surprise et réticences

LE COFFRET

L’annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le pays. Par un communiqué du Premier ministre Rose Christiane Ossouka Raponda rendu public ce lundi 12 septembre, le président Ali Bongo Ondimba a dissout le ministère des Travaux publics tenu par Bounda Balonzi, et a transmis les prérogatives dudit ministère à la Primature, via la création d’un département en charge des travaux publics. 

La forte décision du chef de l’État gabonais est à la hauteur de son mécontentement en rapport « aux lenteurs constamment observées et dénoncées par lui, dans la réhabilitation du réseau routier national« , a expliqué la note gouvernementale. 

Il est vrai que depuis son premier magistère entamé en 2009, la route a été, aux côtés du logement, un des chantiers les moins aboutis d’Ali Bongo. En témoigne le tronçon PK5-PK12, à Libreville, qui a mis 7 années à aboutir. Avec les atermoiements de la Transgabonaise (une route économique de 780 km qui doit relier le Gabon de l’est à l’ouest à l’horizon 2023), et avec la volonté de réaliser de nombreuses autres voies dans le Grand Libreville comme à l’intérieur du pays d’ailleurs, le chef de l’Etat a visiblement  jugé le ministère des TP inapte à suivre la cadence, en l’état.  

Les manquements sont d’autant plus criards qu’avec les récents travaux d’aménagement de la fibre optique ou d’approvisionnement en eau potable, plusieurs routes de Libreville ont été détruites, sans qu’à la fin des travaux, ces voiries urbaines ne soient restaurées. Le cas de la voie menant au lycée technique Omar Bongo d’Owendo désormais semblable à un champ de guerre, avec la présence des nids de poules sur la chaussée. Ce n’est pas la saison des pluies qui pointe à l’horizon qui va arranger les choses.

Pour Jean Delors Biyogue, politologue et candidat déclaré à la présidentielle de 2023, cette décision d’Ali Bongo Ondimba met plus que jamais la pression sur le Premier ministre, Rose Christiane Ossouka Raponda. « En attribuant à la Primature une charge qui sort de ses compétences de coordination de l’action gouvernementale, en lui attribuant un rôle qui la met dans une posture de juge et partie, le Président de la République met la tête de la PM à prix car, si elle aussi échoue sur ce dossier dans les mois à venir, elle devra démissionner« , a-t-il estimé. « Politiquement, c’est un pari à haut risque, qui n’est pas de nature à garantir une exécution sereine et efficace de la politique générale du gouvernement« , a-t-il ajouté. 

Plus critique, Marc Ona Essangui, ancien prix Goldman et observateur assidu de la société gabonaise, dénonce lui l’hypocrisie de cette décision. « Toujours dans la logique du bouc émissaire. Où sont les milliards engloutis dans l’ANGT (Agence nationale des grands travaux, qui était sous la coupole de la présidence de la République, NDLR)? On a dissout l’ANGT sans audit. Aujourd’hui on incrimine le ministre des TP« , a-t-il décrié via un post Facebook.

Gageons qu’en raccourcissant le chemin entre le pool de décision et celui d’exécution, le président Ali Bongo Ondimba obtiendra enfin les résultats escomptés dans l’exécution des travaux liés à la route au Gabon. Sinon, mal lui en prendra pour lui et son parti à quelques mois de son dépôt de bilan.

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