Gabon : entre manque de volonté politique et mal gouvernance, le PAT d’ores et déjà compromis ?

LE COFFRET

Présenté comme LE Plan devant « permettre à notre pays, dans les deux ans qui viennent, de rebondir (…) et le mettre sur la voie de la transformation », le plan d’accélération de la transformation 2021-2023, n’aura-t-il finalement été qu’une nouvelle promesse intenable de la part de l’Exécutif gabonais ? Censé appuyer la diversification d’une économie toujours aussi dépendante des revenus pétroliers, ce Plan semble d’ores et déjà compromis, du fait notamment des tares bien connues du gouvernement. 

Que fallait-il réellement attendre du PAT? Que pouvaient réellement espérer les populations gabonaises, de cette initiative d’un Exécutif qui n’a jamais été en mesure de répondre convenablement à ses préoccupations? Telles sont les questions qui se posent aujourd’hui, en analysant les résultats à mi parcours du plan d’accélération de la transformation 2021-2023.

Censé réorienter la politique économique d’un pays rentier et peu diversifié comme en témoigne les 2450 milliards de fcfa tirés en 2021 des exportations de pétroles et ses dérivés, ce Plan qui à la base n’avait pas convaincu grand monde, confirme mois après mois, qu’il n’était rien d’autre qu’une énième « promesse », à 16 semaines de 2023.

En effet, basé sur 3 piliers présentés comme des moteurs de croissance, à savoir le secteur des mines, celui de l’économie forestière et surtout le secteur agricole, ce PAT s’est lui aussi heurté aux difficultés structurelles et internes qu’ont connu les précédents projets gouvernementaux. Mauvaise gouvernance, difficultés d’assainissement des finances publiques, gestion peu orthodoxe de la dette publique et faiblesse institutionnelle, auront donc une nouvelle fois eu raison, de ce nouveau plan censé « permettre à notre pays, dans les deux ans qui viennent, de rebondir (…) et le mettre sur la voie de la transformation », tel que l’annonçait le gouvernement en 2021. 

Évalué à plus de 3000 milliards de fcfa, dont 33% (soit 990 milliards de fcfa)  fournis par l’Etat gabonais et 67% (soit 2010 milliards de fcfa), issus des financements extérieurs, ce PAT qui devait favoriser « l’amélioration des moteurs de croissance hors-pétrole, notamment dans le secteur tertiaire », n’aura donc lui aussi, servi qu’à appauvrir un peu plus des populations dont plus de la moitié vit déjà en dessous du seuil de pauvreté.

« Presque un-tiers de la population gabonaise vit encore en dessous du seuil de pauvreté », soulignait déjà en 2019 le chef de mission du Fonds monétaire international (FMI), Boileau Loko. Plus précisément, plus de 600.000 Gabonaises et Gabonais croupissent toujours dans la misère. Ces mêmes populations qui doivent désormais composer avec une inflation galopante, qui à terme devrait fragiliser les élans de croissance comme vient d’ailleurs de le confirmer le même FMI. 

​​Il faut le reconnaître, le gouvernement a posé plusieurs actions dans le cadre de cet énième projet censé améliorer les conditions de vie des Gabonais. D’ailleurs, le Premier ministre Rose Christiane Ossouka Raponda l’a rappelé, non sans s’en enorgueillir, en février dernier, lors du séminaire-bilan 2021 de la première année d’exécution et la feuille de route 2022 du PAT, à Libreville. 

Cependant, force est de constater que ce premier bilan a fait la part belle aux décrets et signatures de conventions, et ne semble pas avoir évolué plusieurs mois plus tard pour donner lieu à des projets concrets comme le souhaitent les Gabonais.

Il y a eu notamment les décrets sur le contenu local du secteur pétrolier et sur la sous-traitance pétrolière, la convention signée avec la Banque mondiale pour l’assistance technique sur la réduction du gaz torché, les 7 conventions d’exploitation minière à petite échelle avec l’entreprise Alpha Centauri Mining, spécialisée dans l’exploitation de l’or, l’engagement des discussions avec Comilog et GSEZ sur les forêts de plantation, la revue de la situation fiscale des opérateurs, le décret portant création et organisation de la Zone économique à régime privilégié d’Ikolo et le lancement officiel de ses activités, l’interconnexion des réseaux de transmission numérique via la fibre optique entre le Gabon et le Cameroun… pour ne citer que ceux-là.


Mais à l’image d’un Plan stratégique Gabon Emergent (PSGE) établi lui aussi autour de 3 objectifs en 2012, ou encore d’un Plan de Relance de l’Économie (PRE) qui devait pour sa part permettre « d’optimiser les recettes et le financement de l’économie, renforcer la compétitivité des filières moteurs de croissance, améliorer le cadre des affaires, et surtout maîtriser les dépenses », le PAT aura au contraire, creusé un peu plus le déficit budgétaire (2,1% en 2020 à 3,4% en 2021 en raison d’une hausse des dépenses d’investissement et des dépenses courantes). Toute chose assombrissant un tableau marqué par une dette abyssale, de près de 7000 milliards de fcfa en 2022.

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