Gabon / litige foncier de London : au-delà de la famille N’Djimbi et de la force des arguments

LE COFFRET

Cet énième conflit foncier entre une famille gabonaise et un sujet étranger devrait plus que jamais amener les pouvoirs publics à encadrer définitivement la gouvernance foncière au Gabon, laquelle présente bien trop d’écueils et d’insuffisances, selon plusieurs spécialistes. 

C’est un des sujets les plus commentés de ces derniers jours au Gabon. La destruction, la semaine passée,  des maisons de la famille N’Djimbi, au quartier London, à Libreville, par un Libanais dénommé Jaber, n’a pas fini de révéler ses secrets. De prime abord,  tout porte à penser que ce conflit oppose deux camps dont l’un a la force des arguments, et l’autre, l’argument de la force. 

S’agissant de la légalité, c’est bien la famille gabonaise qui va avec les faveurs du pronostic. Et pour cause? Le supposé acte de vente brandi par le sujet libanais, et  daté du 29 novembre 1976, ne possède pas la signature du présumé vendeur, censé être Georges Bouanga Nguimbi, ascendant de la famille aujourd’hui à la rue. Ce document ne saurait donc être valable, estime les assidus de cette saga. Mieux, la famille N’Djimbi détient un acte du tribunal de Libreville datant du 24 juin 1981, lequel prononce la nullité de la vente de son terrain. Une décision qui, jusqu’à preuve du contraire, n’a pas été interjetée par la partie adverse.  

C’est ce qui a fait dire à l’acteur de la société civile Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, que la raison est du côté de la famille gabonaise.  « La famille JABER à ce jour est incapable de présenter un acte de vente signé par Georges BOUANGA NGUIMBI, encore moins la 2ième copie du titre foncier matérialisant la vente régulière suivant le titre foncier original (copie 1) de Mr Georges BOUANGA NGUIMBI, encore moins un quelconque reçu ou preuve d’une opération financière attestant que Mr Georges BOUANGA NGUIMBI aurait perçu l’argent de la vente », a-t-il indiqué, en réaction à cette actualité qu’il suit de près.

Non sans rappeler, ainsi que l’atteste la famille N’Djimbi, que « le président Omar Bongo Ondimba avait déjà eu à vider ce dossier » en 1998, au bénéfice de la famille gabonaise.

Parmi les autres réactions que cette affaire a suscitées, Vivien Amos Makaga Pea, ancien leader des jeunes du Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir, et avocat au barreau de France, qui a dit son indignation face au déguerpissement insuffisamment justifié de ces compatriotes.  « (…)Peut-on faire croire à l’opinion publique qu’il n’était pas possible de reloger ces familles qui ont été déguerpies au nom d’une interprétation qui me semble discutable de la légalité? (…) Je me demande comment vous parvenez à trouver le sommeil après avoir autorisé l’expulsion de ces familles gabonaises par la destruction du fruit de leurs investissements, sans la moindre contrepartie équitable et acceptable (…)Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi dans ce pays, la loi du plus fort qui est tout sauf l’expression de la volonté générale, l’emporte systématiquement sur la détresse sociale des citoyens », a-t-il écrit sur son compte social. 

Mais à y regarder de plus près, cette énième bagarre foncière soulève le problème de l’appropriation de la terre par des étrangers au détriment des Gabonais. Une pratique en vogue sous nos cieux, et qui se fait souvent dans un flou…entretenu. À ce sujet, Étienne Francky Meba Ondo, vice-président du parti d’opposition Réagir, et observateur de la société gabonaise, appelle à aller au-delà des émotions, et à traiter le mal par la racine. 

« Sous réserve des conclusions de l’enquête judiciaire qui a été ouverte à ce sujet par le ministère de la Justice, (il) a appelé l’État à mieux encadrer le domaine du foncier dans notre pays pour ne plus faire surgir ce type d’humiliation publique ». C’est assurément de ce côté qu’il faut regarder, car des cas comme celui de London guettent de nombreuses familles dans le Grand Libreville.

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