Le Billet sarcastique : nos hôpitaux publics et l’envers du décor

LE COFFRET

Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Le billet du jour fait irruption dans les hôpitaux publics de notre pays qui sont devenus « l’ombre d’eux-mêmes », malgré un investissement initial qui partait d’un bon sentiment. Lecture en dix points.

1. Quels beaux établissements hospitaliers nous avons acquis dans ce pays ces dernières années! Tous flambant neufs, ces beaux hôpitaux sont, paraît-il, de dernière génération et nous devons en être fiers. Ils ont été construits à coups de milliards par le contribuable gabonais pour soigner des gabonais avec la plus grande efficacité.

2. Quel beau dessein et quelle belle ambition à la base portée par le Président de la République ? Mais à l’arrivée, quel grand gâchis causé par ceux qui administrent ces hôpitaux! A peine 10 ans après qu’ils aient été inaugurés à grands coûts de publicité, nos hôpitaux sont aujourd’hui l’ombre d’eux-mêmes. Seules les façades témoignent encore de la belle ambition qui les a suscitées.

3. Nos hôpitaux sont ces « sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretés« . Cette comparaison tirée de la Bible, n’est pas si métaphorique qu’elle pourrait paraître, car en vérité, nos hôpitaux sont des mouroirs à plein temps dans lesquels s’éteignent comme des bougies, des Gabonais qui s’y aventurent.

4. Le CHUL par exemple, qui était encore il n’y a pas si longtemps le must de cette nouvelle donne hospitalière, est devenu inversement l’emblème d’un milieu hospitalier déprimant, désolant et agonisant. Aux heures de travail les plus chaudes, ses bâtiments sont déserts, comme si les Gabonais n’étaient plus malades et comme si les maladies elles-mêmes redoutaient ce lieu. 

5. Récemment, j’y ai rendu visite à un patient interné au service d’endocrinologie, paraît-il le plus grand que compte ce pays, et j’ai été abasourdi par ce que j’y ai découvert. Tous les malades hospitalisés dans ce service sont contraints de payer tous les consommables nécessaires aux soins qu’on leur apporte. De l’insuline au coton, en passant par l’alcool et la seringue et tous les autres consommables médicaux.

6. Compresses, sparadraps, gants, thermomètre… tout y passe et chaque malade est quasiment harcelé pour fournir aux personnels soignants, tous ces petits consommables qui constituent le matériel usuel de base de leur travail quotidien. Rassurez-vous, le service ne se prive pas pour autant de facturer au prix coûtant les hospitalisations.

7. Pendant ce temps, les malades manquent du strict minimum. Si les médicaments et les consommables qui garantissent une prise en charge optimale manquent cruellement, croyez-vous que c’est ce qui relève du superflu qui peut exister ? Les clims sont morts depuis Mathusalem et quand ils fonctionnent, ils ont été bidouillés par les malades eux-mêmes.

8. Les TV et même la lumière y sont un luxe au point que les malades vivent dans un ennui et une pénombre permanents. Les sanitaires sont dysfonctionnels et les eaux usées ruissellent partout pendant que le ménage à la charge de dames de chambre invisibles, se fait une fois par semaine et consiste simplement à balayer et à serpiller le sol des chambres avec de l’eau claire.

9. Une telle insalubrité en milieu sanitaire propice aux maladies nosocomiales, a fini par décourager les Gabonais qui préfèrent se saigner aux quatre veines pour se soigner dans les cliniques privées où leur argent leur garantit un suivi médical optimal. Le CHUL est aujourd’hui cet hôpital fantôme où en plus d’être malade, on est dépouillé par les soignants.

10. Je préfère croire que ce qui se passe au CHUL n’est pas vérifiable dans les autres hôpitaux publics. Ce serait admettre que nos CHU et nos HIA ne sont que de beaux bâtiments aux façades rutilantes à l’intérieur desquels la médecine a depuis longtemps déserté. Devons-nous naïvement continuer de penser qu’un hôpital se résume à une belle infrastructure ? 

Sarcastiquement vôtre !

Serge Abslow, chroniqueur

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