Procès Patrichi Tanasa : une célérité qui interroge les Gabonais

LE COFFRET

Christian Patrichi Tanasa Mbadinga a été condamné ce mercredi 20 juillet à 12 ans de prison par la Cour criminelle spéciale, pour détournements de fonds publics, complicité de détournements et blanchiment des capitaux, au moment où il était à la tête de Gabon Oil Company (Goc). Un procès qui a tenu les Gabonais en haleine durant les 72 dernières heures, et qui a surtout été marqué par la grande célérité avec laquelle les juges ont conduit ce dossier qui semble pourtant n’avoir livré qu’une partie de ses secrets.

Arrêté dans le cadre de l’opération Scorpion, qui a emporté plusieurs hauts cadres de l’administration gabonaise pour des faits de corruption, Patrichi Tanasa est désormais fixé sur son sort. L’ancien patron de Gabon oil company (Goc) a été condamné ce mercredi à 12 ans de prison par la Cour criminelle spéciale de Libreville. Il va aussi devoir payer une amende de 76 millions de FCFA.

Il faut dire que ce procès a traumatisé bon nombre de Gabonais tant les chiffres des sommes décaissées donnent le tournis. Selon l’un des avocats de l’Etat gabonais, Me Angondje, entre 2018 et 2019, « 4 milliards de fcfa ont été détournés au titre des prestataires, 300 millions ont été décaissés sans justificatif, plus de 293 millions de fcfa décaissés pour la location des voitures non justifiés, 442 millions de fcfa de locations de l’hélicoptère, 459 millions de fcfa ont été versé à une société de conseil qui n’avait rien à voir avec l’objet social de la Goc ; 1 milliard 33 millions de fcfa versés à une société des services consulting, dont il n’avait aucun rapport d’activité », pour ce ne citer que ceux-là.

La défense de Tanasa a déjà prévu se pourvoir en cassation, dénonçant un verdict « politique » prononcé par « une justice aux ordres du pouvoir », selon Me Anges Kevin Nzigou. « La justice gabonaise n’est pas encore au niveau des attentes de l’opinion publique gabonaise. Elle est encore aux ordres du pouvoir. Nous avons eu une décision de forfaiture. En trois jours d’audience, nous n’avons pas entendu un seul argument de preuve qui consiste à acculer notre client, mais nous avons découvert un montant des sommes prétendument détournées, alors même qu’aucun montant précis n’a été précisé au cours des audiences », a précisé l’avocat au sortir de l’audience.

Au-delà de ces réserves émises par le juriste, ce qui interpelle un grand nombre d’observateurs dans le dossier Tanasa, c’est l’empressement avec lequel ce procès a été conduit. Au point que la Cour n’a pas jugé utile d’entendre des témoins jugés clefs pour la manifestation de la vérité, selon la Défense.  C’est le cas de l’actuel ministre de la Communication, Pascal Houangni Ambouroue, à l’époque supérieur administratif de Patrichi Tanasa, qui a été souhaité à la barre, mais en vain. Ou alors Daryl Danyel Ekorezock, Karim Nziengui, voire les responsables des structures Fondation Sylvia Bongo Ondimba, la Tropicale Amissa Bongo, l’association Engong Forever, l’association Antô Winners, qui auraient reçu des aides.

Toute chose qui a fait dire à  Serge Abslow, un observateur avisé des questions nationales, qu’il s’agit « d’un procès spectacle ». « Il est regrettable de constater que les affaires judiciaires les plus attendues dans notre pays fassent l’objet d’un traitement rapide. Comme s’il y avait une envie de les expédier au plus vite pour se libérer d’un poids qui pèse sur la conscience. C’est le sentiment que me donnent ces foires judiciaires qui servent de procès à la Bande à Laccruche », a-t-il confié sur sa page Facebook. Pour ce dernier, Patrichi Tanasa est, dans cette bande, de ceux  qui sont « marqués du sceau gênant et évident du « doit être condamné » (…) On veut nous faire entendre que les faits à eux reprochés, sont des actes isolés. Alors que ce sont à l’évidence des actes tributaires d’une chaîne de commandement dont les premiers responsables se trouvent au sommet d’une pyramide à la crête désormais étêtée », a-t-il estimé.

Capture d’écran du Billet sarcastique de Serge Abslow © D.R

Marc Ona Essangui, leader de la société civile, y va aussi de son doute quant à la crédibilité du procès Tanasa. « Je me demande pourquoi ceux qui sont cités dans les affaires de crimes financiers au Gabon ne sont jamais appelés à la barre comme les accusés ? Depuis les procès Mamba ou Scorpion, des noms sont avancés par les accusés et les magistrats ferment les oreilles et refusent systématiquement d’entendre ces personnes. Soit on assiste à un simulacre de procès, soit il y a vraiment une volonté de mettre fin à cette pratique », a-t-il estimé. Partisan de la première thèse, il pense que ce procès « n’a pour mission que de faire des exemples, et non rendre la justice »

Capture d’écran du post Facebook de Marc Ona Essangui, Prix Goldman © D.R.

Pour rappel, les deux coaccusés de Patrichi Tanasa, à savoir Jérémie Ayong Nkodje Obame, son adjoint à la Goc, et Geaurge Carelle Ndemengane Ekoh, sa trésorière, qui comparaissaient libres, ont respectivement écopé de 10 ans de réclusion criminelle et d’un acquittement.

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