Gabon : masque Fang vendu aux enchères en France, l’échec de notre politique culturelle

LE COFFRET

La énième vente aux enchères d’un objet d’art gabonais, samedi dernier en France, traduit  l’incapacité de nos gouvernants à cerner les enjeux culturels de l’heure, au moment même où les autres pays du continent sont dans la bataille pour la restitution de leurs biens arrachés durant la colonisation.

2,8 milliards de fcfa. C’est la somme astronomique contre laquelle un masque Fang du Gabon a été vendu aux enchères le week-end dernier à Montpellier (France). Si le montant peut flatter l’égo, il n’empêche pas le sentiment de déception qui anime plus d’un Gabonais, face  à la vente de ce bien commun. Ce masque, pour rappel, date du XIXe siècle et appartient à la société secrète gabonaise appelée Ngil. Il représente donc une part de ce qui fait notre gabonitude, quand sa vente traduit, elle, un échec de notre politique culturelle et touristique, de l’avis des spécialistes. 

L’indignation est d’autant plus forte à Libreville que le Gabon s’est doté d’un nouveau musée depuis 4 ans, après que le précédent ait végété plusieurs décennies durant dans une annexe de l’immeuble Total Energies. A l’heure où plusieurs pays Africains tels que le Bénin ou le Sénégal sont dans une bataille pour la récupération de toutes leurs œuvres d’art arrachées pendant la colonisation, le Gabon aurait dû cerner la portée de ce combat, et se dresser contre cette énième vente aux enchères de ces biens culturels. 

Car samedi dernier, aux côtés du masque Ngil,  trois autres masques Punu du Gabon ont été vendus pour environ 230 millions de fcfa. En plus d’un soufflet de forge Tsogho, qui n’a intéressé aucun acheteur. Plus grave, en 2006 déjà, un autre masque Fang du Ngil avait atteint la somme de 4 milliards de fcfa dans une vente aux enchères en France, établissant un record en la matière. Jusqu’à quand peut-on s’interroger? Ces objets ne peuvent-ils pas faire la fierté de nos musées, et participer à l’essor du tourisme local? Si tant est que «la culture est ce qui nous reste lorsqu’on a tout perdu», comme le dit si bien Ellen Key, on peut croire qu’au rythme où nos biens ancestraux sont bazardés, le Gabon  sera un estropié culturel dans les années qui viennent. 

La note d’espoir de cette histoire, c’est la volonté de certains citoyens à ne pas laisser leur richesse leur être arrachée. C’est ainsi qu’une poignée de manifestants Gabonais a exprimé son mécontentement samedi dernier à Montpellier, dans la salle des transactions. Ils ont promis porter plainte pour la restitution de ces objets à leur pays d’origine. Vivement que les pouvoirs publics se parent de la même hardiesse, pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être au rayon culture.

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