Le Billet sarcastique : l’art de ramer à contre-courant

LE COFFRET

Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Dans ce billet, exceptionnellement, notre chroniqueur a voulu partager un texte qu’il avait déjà publié à la même date en 2019. Le thème abordé est toujours d’actualité : la volonté manifeste des tenants du pouvoir de détruire au lieu de construire le Gabon. Lecture.

« Pour le moment, la consigne non écrite émanant des très hauts lieux est que chacun mange sa part du gâteau« . 

« Le jour où on nous convoquera pour nous donner de nouvelles consignes, allant dans le sens de construire le pays, nous le ferons avec la même énergie et il nous faudra moins de 5 ans pour redresser ce pays« . 

« Alors, pourquoi voulez-vous que je sois seul à ramer à contre-courant de ce fleuve à très haut débit »?

C’est ce que me confiait il y a 6 ans un ancien baron du régime, reconverti depuis sa retraite en ancien haut dignitaire de la république. C’était dans le salon Louis XIV de sa résidence tertiaire, sise au boulevard Oyem 2. A cette époque, j’avais été profondément choqué de réaliser qu’un gabonais ayant servi son pays durant plus de 40 ans, puisse ainsi reconnaître que l’orientation donnée à la gouvernance de notre cher pays pendant son magistère, n’avait pour seule ambition que d’enrichir les gouvernants et leurs ouailles.

Six années plus tard, malgré le profond mépris que j’avais éprouvé en son temps pour ce Monsieur, comment ne pas reconnaître aujourd’hui qu’il avait raison de ne point tenter de ramer à contre-courant de la marche du Gabon? Que le changement de l’élite politico-administrative tant vantée, n’a pas réussi à inverser la tendance. Les mêmes causes continuant hélas de produire les mêmes effets? La même consigne de partage de gâteau n’ayant pas connu la moindre altération. Elle s’est même globalisée en même temps qu’elle s’est sophistiquée, pour devenir une norme de gouvernance qui produit chez la jeune garde, une résilience malsaine dans la gestion de la chose publique. 

Cette capacité qu’ont les Gabonais de reproduire invariablement le schéma de la concussion, toujours prompts à tirer profit des positions qu’ils occupent, même en situation de grand péril national. Une résilience obscène qui se caractérise par un saccage, un pillage et un braquage systématique des finances publiques. Et chacun, aujourd’hui plus et mieux qu’hier, y va de son bon gré, convaincu qu’il fait écho à cette consigne non écrite de mise en coupe réglée des ressources destinées au bien être de tous.

Et cette nouvelle élite comprador, se croyant dépositaire et héréditaire de cette abjecte consigne, dont elle se revendique d’ailleurs fièrement, siphonne à qui mieux mieux, les désormais maigres ressources de la nation. Ces rapaces, sans foi ni loi, cooptés, parachutés, manipulés, contrôlés, encouragés et surtout protégés par des politiques sulfureux, véreux et souvent mafieux, continue de rendre impossible, au 21ème siècle, le bonheur d’un petit peuple d’à peine 2 millions d’habitants, et dont les besoins les plus élémentaires que sont la santé, l’éducation et le logement continuent d’être une gageure. Au point que les droits fondamentaux que sont la liberté de circulation, la liberté d’expression, l’égalité des chances, la justice sociale, la démocratie… constituent plus que jamais un luxe, un rêve inaccessible.

Il en faut toujours plus pour eux-mêmes, et très peu, sinon rien pour les autres. Et pour le funeste dessein d’enrichissement illicite et sans bornes, ils bradent désormais aux étrangers, leurs alliés, des pans entiers de la souveraineté de leur seul et unique pays. Un pays pourtant destiné à tout leur offrir, à condition qu’ils lui consacrent autant d’énergie, de loyauté, de dévotion… qu’à leurs nouveaux maîtres apatrides.

Avec une telle génération de ventrocrates anti-républicains et anti-nationalistes, esclaves dans la pensée et dans l’action, l’avenir du Gabon s’écrit en pointillés. Et chaque aventurier, distributeur de quelques largesses en échange de quelques courbettes, prospérera toujours sur l’immensité, l’incongruité, la vulgarité et la vacuité de nos antivaleurs. Vivement que le temps heureux rêvé par nos ancêtres, arrive enfin chez nous, réjouisse les êtres, et chasse les sorciers, ces perfides trompeurs, qui sèment le poison et répandent la peur. 

En attendant que ce temps heureux revienne, plus attristés que nous-mêmes par cette grande braderie nationale, les carpes du long fleuve tranquille de l’Ogooué, continuent de se suicider dans l’indifférence du gouvernement, des instituts de recherche, des partenaires au dévelopment… Dans l’indifférence du peuple lui-même qui a fini, par devenir aveugle, sourd et muet face à ce triste spectacle. Pauvre Gabon !

Sarcastiquement vôtre !

Serge Abslow, chroniqueur

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