Le chiffre est tombé comme un couperet sur les comptes de la nation pour les 33% les plus vulnérables. Ceux là qui vivent en dessous du seuil de pauvreté : 33,6 milliards de fcfa. C’est le montant des dividendes que le Conseil d’administration de BGFIBank Gabon a décidé de distribuer à ses actionnaires pour l’exercice écoulé. Pendant que le pays se bat contre une inflation importée et que les prix des produits de base s’envolent sur les marchés de Libreville, la banque de référence, elle, affiche une santé de fer et une générosité sans faille envers ses propriétaires. Surtout quand on sait que l’Etat gabonais est un des plus grands pourvoyeurs de fonds de cette banque à travers les mécanismes (conventions ou autres) mis en place. De nombreuses primes en milliards de fcfa des puissants membres de la Young Team y étaient déposées selon la justice gabonaise, pour ne citer que ce «petit argent» venant des caisses de l’Etat (Trésor public).
Ce qui choque les économistes est la déconnexion totale entre les profits financiers et l’investissement productif. On distribue des milliards en dividendes alors que le crédit aux PME reste un parcours du combattant. L’argent tourne en circuit fermé dans les hautes sphères de la finance gabonaise. On ne crée pas de valeur, on rémunère le capital dans un pays qui manque cruellement de liquidités pour ses infrastructures de base.
BGFIBank est le thermomètre d’une économie de rente. La banque prospère sur la gestion de la dette de l’État et les dépôts des grandes entreprises. Elle gagne de l’argent parce qu’elle est l’unique porte de passage obligée du système. Cette insolente distribution de dividendes est le signe d’un secteur bancaire qui n’a plus besoin de prendre de risques pour être rentable. C’est la mort lente de l’innovation financière au profit de la rente sécurisée.
Pourquoi un tel affichage en pleine crise ? Visiblement parce que le système doit rassurer ses piliers. Distribuer 33 milliards, c’est dire : « Tout va bien, le système est solide ». Mais pour le petit entrepreneur qui voit son découvert refusé ou pour le fonctionnaire dont le prêt traîne, c’est une insulte. C’est l’image d’un Gabon à deux vitesses où l’aristocratie financière festoie sur le pont supérieur pendant que la soute prend l’eau.
Cette concentration de richesse dans le secteur bancaire va finir par étouffer la consommation. Si les banques préfèrent rémunérer leurs actionnaires plutôt que de baisser les taux ou de financer l’économie réelle, le pays restera bloqué dans une croissance atone. BGFIBank brille, certes, mais son éclat ne réchauffe personne d’autre que ses propres actionnaires. Un peu comme Total Energie qui a elle aussi, distribuer des dividendes records à ses actionnaires malgré des chiffres en baisse.














