La CEMAC veut verrouiller la stabilité monétaire, accélérer la substitution aux importations, financer la sécurité alimentaire, et maintenir des politiques publiques visibles. Mais la Banque mondiale rappelle une contrainte de taille : la croissance attendue de la sous-région reste en dessous du rythme moyen de l’Afrique subsaharienne, ce qui rend l’“ambition” plus difficile à financer sans tensions macroéconomiques. En clair : une zone monétaire peut survivre avec une croissance modeste, mais elle devient vulnérable si cette croissance ne génère pas assez de devises et de recettes.
Dans les Perspectives de janvier 2026, la Banque mondiale projette la croissance de l’Afrique subsaharienne à 4,3 % en 2026 et 4,5 % en 2027. Sur la même période, la CEMAC est projetée à 3,3 % en 2026 et 3,5 % en 2027. L’écart est net et signifie que, toutes choses égales, la CEMAC gagnera moins vite en revenu par habitant, et aura moins de marge pour absorber chocs externes et exigences de consolidation.
Cet écart de croissance se double d’un autre sujet : la structure économique. La CEMAC reste fortement dépendante des hydrocarbures et de quelques mines, donc des cycles de prix mondiaux. Quand les prix tiennent, la zone respire ; quand ils baissent, la discipline budgétaire devient immédiatement une question de survie, et la BEAC revient aux mécanismes de contrôle des changes et de rapatriement de devises. C’est exactement la logique qui sous-tend le sommet de Brazzaville : sécuriser les réserves et limiter les sorties.
La fragilité vient du fait que l’agenda politique demande de la vitesse, tandis que l’économie produit de la lenteur. Substitution aux importations, industrialisation, modernisation logistique, souveraineté alimentaire : ce sont des chantiers lourds, coûteux, et lents à générer des devises nettes. Or la stabilité monétaire a besoin, elle, de résultats rapides : réserves, rapatriement, déficit maîtrisé, transparence. Quand le calendrier politique et le calendrier macro ne coïncident pas, la zone se retrouve à arbitrer entre croissance et orthodoxie.
D’où ce point d’équilibre “fragile” : pour éviter de subir, la CEMAC doit réussir deux choses en même temps, resserrer la discipline (budgets, devises, gouvernance) et accélérer la capacité productive (agri, logistique, transformation locale) afin que la croissance devienne une source de stabilité plutôt qu’un pari. Les chiffres Banque mondiale ne condamnent pas la zone, non, mais ils rappellent une évidence : tant que la CEMAC croît moins vite que sa propre région, la moindre dérive budgétaire ou fuite de devises coûte plus cher, et se paie plus vite.











