Depuis août 2023, le Gabon a engagé une vaste stratégie de « reconquête pétrolière » visant à reprendre le contrôle direct sur ses ressources énergétiques. Le discours musclé du président Brice Clotaire Oligui Nguéma à Malabo en mars 2026 a confirmé que Libreville n’hésite plus à utiliser son droit de préemption pour bloquer la vente d’actifs pétroliers à des multinationales et les récupérer pour le compte de la Gabon Oil Company (GOC). Cette montée en puissance de l’opérateur public est le fer de lance de la nouvelle souveraineté économique nationale. Cette démarche audacieuse marque une rupture historique avec les pratiques de passivité des décennies passées.
L’opération la plus marquante fut le rachat d’Assala Energy pour 1,3 milliard de dollars (environ 800 milliards de fcfa), une acquisition réalisée avec l’appui du trader suisse Gunvor. Cette transaction stratégique a permis à l’État d’intégrer dans son portefeuille le deuxième producteur national, avec environ 45 000 barils par jour. Au total, ces rachats successifs ont permis à l’État de contrôler près de 25 % de la production nationale, soit environ 82 000 barils par jour sous pavillon gabonais. Cette accélération permet une meilleure captation de la rente pétrolière directe par le Trésor public.
La stratégie de rachat s’est poursuivie en mai 2025 avec l’absorption du portefeuille gabonais de Tullow Oil pour 300 millions de dollars. Alors que la GOC ne gérait qu’un seul champ marginal de moins de 1 000 barils/jour avant 2023, elle se retrouve aujourd’hui opérateur de champs matures à grande échelle. Cette croissance fulgurante s’accompagne également de prises de participation dans les actifs de Perenco et TotalEnergies pour une valeur de 40 milliards de fcfa. C’est un changement de paradigme complet qui positionne la GOC comme un acteur incontournable du paysage pétrolier africain.
Cependant, cette souveraineté conquise a un prix financier non négligeable pour le pays. L’État a dû s’engager à rembourser au trader Gunvor environ 144 milliards de fcfa par an sur cinq ans pour garantir le financement de ces rachats. Ce montage financier fait peser une pression sur la trésorerie et soulève des questions sur la dépendance du pays vis-à-vis des traders privés pour commercialiser son brut. La GOC doit désormais prouver sa capacité technique à gérer ces champs matures sans l’expertise des majors, un défi opérationnel qui sera scruté de près par les analystes du secteur.
Le Gabon est déterminé à reprendre les commandes de son destin pétrolier, mais il a besoin de partenaires financiers pour accompagner sa transformation. La transition est en marche, financée par des capitaux privés étrangers certes, mais pilotée par des décisions souveraines assumées. En cas de succès, la GOC deviendra une entité financièrement robuste capable de financer d’autres secteurs. Si les résultats opérationnels sont au rendez-vous, cette stratégie pourrait devenir un modèle de « nationalisation » maîtrisée pour les pays de la zone CEMAC.














