Le dossier CNSS-CNAMGS autour de la plateforme CLIKAFRIK prend une dimension politique à mesure que le rôle du ministre de l’Économie numérique, Mark Alexandre Doumba est évoqué par plusieurs sources internes. Selon ces éléments, le ministre serait intervenu pour imposer ce prestataire aux deux caisses sociales, malgré des réserves techniques et financières exprimées en interne. Le contrat en cause porte sur 3,2 milliards de fcfa, alors qu’une offre concurrente évaluait des services similaires à 800 millions de fcfa, soit un différentiel de 2,4 milliards de fcfa.
Ces soupçons prennent une résonance particulière au regard du profil du ministre. Avant sa nomination au gouvernement, Mark Doumba était entrepreneur dans le numérique et peinait, selon plusieurs acteurs du secteur, à faire décoller sa startup ClickPay, spécialisée dans les solutions de paiement. Aujourd’hui, cette même sphère d’activités se retrouve indirectement liée à des marchés publics stratégiques, dans un contexte où l’État cherche pourtant à rationaliser ses dépenses numériques.
Le dossier est d’autant plus sensible qu’il s’inscrit dans une série de controverses autour de projets numériques publics. Dans le cadre du chantier de l’archivage numérique, des soupçons de conflits d’intérêts ont également été évoqués par des sources proches du dossier, citant l’implication supposée de membres de la famille du ministre, notamment sa sœur, dans des structures bénéficiaires de marchés ou de sous-traitance. À ce stade, aucune décision de justice n’a été rendue, mais ces éléments alimentent un climat de défiance.
La dimension personnelle n’est pas absente des débats. Mark Doumba est le fils d’Émile Doumba, figure connue de l’administration gabonaise. Si cette filiation n’a en soi aucune portée juridique, elle renforce toutefois les interrogations sur les réseaux d’influence dans l’attribution de marchés publics, particulièrement dans un secteur numérique en pleine structuration et fortement dépendant de la commande publique.
Sur le plan strictement économique, le Baromètre CEMAC 2025 de la Banque mondiale rappelle que la région fait face à une dégradation de ses équilibres budgétaires. Dans ce contexte, un contrat de 3,2 milliards de fcfa pour une plateforme affichant, selon des documents internes, un taux d’exécution technique de seulement 8 %, pose une question de principe : celle de l’efficience de la dépense publique et de la capacité de l’État à arbitrer entre innovation numérique et discipline budgétaire.
Le dossier CNSS-CNAMGS dépasse le simple litige contractuel. Il interroge la frontière entre action publique et intérêts privés, la gouvernance des projets numériques et la crédibilité de la modernisation de l’État. Autant d’éléments qui font de cette affaire un test politique et institutionnel majeur pour le ministère de l’Économie numérique et, au-delà, pour l’exécutif.











