Le protocole d’accord consolidé sur l’éducation au Gabon acte, noir sur blanc, une réponse matérielle et administrative aux revendications centrales des enseignants. Vacations, présalaires, intégrations et régularisations ne relèvent plus de déclarations d’intention comme dans le passé : elles sont acceptées, chiffrées, mais aussi programmées et assorties d’un calendrier. Les chiffres avancés par l’État font état de centaines de mises en solde et de présalaires, plus d’un millier d’ex-bénévoles régularisés, plusieurs milliers de dossiers administratifs traités. Ils attestent d’engagements formalisés et opposables.
Mais le même protocole pose une condition structurante à l’exécution de ces engagements : la tenue d’audits précis (fichier matricule, vacations, gestion des doublons) et l’organisation d’un dispositif de suivi-évaluation reposant sur une représentation clairement identifiée. L’audit n’y est ni accessoire ni punitif. Il constitue le socle de crédibilité du dispositif, destiné à garantir que l’argent public bénéficie aux ayants droit et que les régularisations profitent effectivement aux enseignants en situation régulière. Autrement dit, l’État accepte de payer, mais exige de payer le juste prix dans des délais raisonnables.
C’est sur ce point que la sortie de crise se fragilise. Le refus des parties prenantes de signer le protocole d’accord, quand on voit les volets relatifs à l’audit et à la clarification de la représentativité, notamment par des élections internes, crée une incohérence politique et opérationnelle. Accepter les paiements tout en récusant les mécanismes de transparence qui les sécurisent entretient un flou préjudiciable. Comme le souligne une formule récurrente dans le débat : « On ne peut pas à la fois refuser l’audit, refuser les élections internes, et prétendre parler au nom de tous, tout en maintenant l’école fermée ».
Du point de vue de sources bien informées du dossier, cette clarification n’est pas une fin en soi mais une condition de durabilité. L’audit vise à protéger les enseignants contre les irrégularités, à prévenir les doublons et à consolider un système longtemps miné par l’opacité dans le passé. On parle de régularisations d’enseignants qui exercent leur métier depuis une vingtaine d’années pour certains. Refuser cet exercice revient, de facto, à maintenir des zones d’ombre qui exposent le dispositif à des contestations ultérieures et retardent la normalisation promise par le protocole.
Au final, le débat de fond se déplace. Il ne porte plus sur l’existence d’un dialogue, attestée par un texte signé et chiffré, mais sur la volonté d’aller au bout de la transparence qui conditionne son efficacité. Tant que cette étape restera bloquée, l’école pourrait demeurer fermée et la crise prolongée. Or, dans cette impasse, ce ne sont ni les protocoles ni les audits qui paient le prix le plus lourd, mais les élèves, dont l’avenir ne peut rester indéfiniment suspendu.











