La Banque africaine de développement (BAD) a décidé de passer de l’intention à l’exécution sur l’accès à l’énergie. En validant un programme d’assistance technique de 3,9 millions de dollars sur deux ans, l’institution panafricaine veut accélérer la conversion des engagements politiques en raccordements électriques effectifs. Cette inflexion opérationnelle s’inscrit dans la Mission 300, initiative conjointe avec la Banque mondiale, qui ambitionne de connecter 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030. L’annonce est forte. Mais elle résonne avec une acuité particulière dans des pays comme le Gabon, où la crise de l’électricité est devenue un fait quotidien.
Depuis un an, plusieurs États africains ont adopté des pactes énergétiques nationaux aux objectifs élevés : élargissement de l’accès, réformes sectorielles, mobilisation de capitaux privés. Le diagnostic est partagé : les plans existent, mais l’écart entre la stratégie et la réalité demeure. C’est précisément ce fossé que la BAD entend combler avec la phase II du programme AESTAP – Mission 300, en ciblant treize pays, dont le Gabon, pour lever les goulets d’étranglement qui freinent l’expansion électrique.

Au Gabon, l’enjeu n’est pas théorique. Les coupures de courant répétées de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), parfois quotidiennes dans plusieurs quartiers urbains comme en zones périphériques, ont des effets immédiats et mesurables. Dans les structures de santé, l’instabilité de l’alimentation électrique compromet la conservation des vaccins, perturbe les examens de laboratoire et fragilise les interventions chirurgicales dépendantes d’équipements sensibles. Les groupes électrogènes dans les entreprises pallient partiellement ces ruptures, mais leur coût et leur fiabilité ne peuvent remplacer un réseau stable. Dans les ménages et les petites entreprises, les pertes de matériel électrique – réfrigérateurs, climatiseurs, équipements informatiques – se multiplient, alourdissant des charges déjà élevées et réduisant la productivité.
Pour une gouvernance solide
C’est dans ce contexte que l’approche de la BAD prend tout son sens. L’assistance ne se limite pas aux infrastructures. Elle vise l’amélioration de la réglementation, de la planification et des tarifs afin de rendre les projets bancables, tout en renforçant des compagnies publiques d’électricité souvent fragilisées. Pour le Gabon, où les pertes techniques et commerciales pèsent sur la qualité du service, cette dimension institutionnelle est centrale. Sans gouvernance solide, ni cadre tarifaire crédible, les investissements peinent à produire des résultats durables.
Le programme met également l’accent sur les fondamentaux : production de données fiables, recherche, partage d’expériences régionales via l’Indice de réglementation de l’électricité et des forums dédiés. L’intégration de conseillers experts au sein des unités nationales chargées des réformes vise à corriger une faiblesse récurrente : la coordination entre ministères et le suivi de l’exécution. Dans un secteur où les responsabilités sont souvent éclatées, cette ingénierie institutionnelle peut faire la différence.
Mission 300 : comment tenir cette promesse ?
Reste la question clé : la promesse se traduira-t-elle en amélioration perceptible pour les usagers gabonais ? La réponse dépendra de la capacité du gouvernement à transformer rapidement l’appui technique en décisions opérationnelles, puis en investissements effectifs sur le réseau. Pour les hôpitaux confrontés aux pannes, pour les familles qui voient leurs équipements détruits par des variations de tension, l’électricité n’est pas un indicateur de performance macroéconomique. C’est un service vital. Si la Mission 300 veut tenir sa promesse, le Gabon sera l’un des terrains où la crédibilité de ce virage opérationnel se jouera, au plus près des réalités quotidiennes.











