Au-delà du choc comptable enregistré par Rougier en 2025, l’épisode met en lumière le coût économique réel d’une suspension d’activité dans la filière bois gabonaise. Une interruption temporaire ne se limite pas à une baisse de chiffre d’affaires : elle désorganise l’ensemble de l’écosystème, des exploitants forestiers aux unités industrielles, en passant par les transporteurs, les sous-traitants et les prestataires logistiques.
Selon le Baromètre CEMAC 2025 de la Banque mondiale, la croissance gabonaise demeure fragile et encore fortement dépendante de quelques secteurs clés, dont le bois transformé. Or, la même source souligne que la valeur ajoutée locale captée par la filière forestière reste inférieure à 30 % de son potentiel, en raison notamment d’un manque de continuité industrielle et de stabilité réglementaire. Toute rupture prolongée vient donc amplifier ce déficit structurel.
Sur le plan macroéconomique, le timing est particulièrement sensible. La croissance de la CEMAC est estimée à 3 % en 2024, mais la croissance du revenu par habitant ne dépasse pas 0,2 %, traduisant une faible diffusion de la richesse créée. Au Gabon, où le chômage des jeunes reste élevé, la stabilité des filières industrielles hors pétrole constitue un levier essentiel pour l’emploi formel et les revenus des ménages.
LIRE AUSSI : Gabon : Rougier enregistre une perte de 10,2 milliards de fcfa en 2025 après une suspension d’activité
Une perte de 10,2 milliards de fcfa ne représente pas seulement un manque à gagner pour une entreprise. Elle se traduit aussi par une baisse des recettes d’exportation, une contraction des entrées de devises et un recul potentiel des recettes fiscales, dans un contexte où les finances publiques sont déjà sous tension. Rapportée à l’économie locale, cette somme équivaut à plusieurs mois d’activité pour de nombreux acteurs intermédiaires.
Cet épisode Rougier met ainsi en évidence un arbitrage délicat mais crucial pour les autorités : faire respecter les normes sans provoquer de ruptures brutales de production. Pour une économie engagée dans la diversification et la réduction de sa dépendance aux hydrocarbures, la prévisibilité réglementaire et la continuité de l’activité apparaissent comme des facteurs déterminants de performance économique durable.











