Le gouvernement gabonais a enclenché, le 21 janvier 2026, une mesure à forte portée monétaire : l’instruction faite à la Gabon Oil Company (GOC) et à ses filiales de rapatrier intégralement et immédiatement les Fonds de restauration des sites (Fonds RES) détenus hors de la zone. Le montant arrêté au 31 décembre 2025 est désormais public : 270 millions de dollars, soit environ 165 milliards fcfa selon les chiffres relayés par la presse économique. C’est l’un des rares épisodes où un chiffre de devises, habituellement opaque, est placé sur la table avec une date de référence claire.
L’argument officiel est monétaire avant d’être sectoriel : ces ressources doivent renforcer les réserves de change et la liquidité en devises dans un environnement CEMAC où la banque centrale exige plus de discipline sur les flux des industries extractives. Dans la logique BEAC, le sujet n’est pas seulement le Gabon : c’est la capacité collective à sécuriser la parité, alors que la zone multiplie les rappels au rapatriement et à la domiciliation des recettes. Le caractère “immédiat” de la directive souligne que l’État cherche un impact rapide sur les stocks de devises, pas un ajustement progressif.
Le chiffre de 270 millions de dollars a aussi un intérêt budgétaire : il équivaut à plusieurs mois de marges de trésorerie pour des opérations de financement domestique, surtout si une partie est redéployée via les banques locales. Mais l’exercice est délicat : les Fonds RES ont une vocation environnementale (réhabilitation), et leur mobilisation “macro” peut provoquer une tension entre objectif monétaire et finalité sectorielle. La ligne choisie par Libreville est claire : priorité à la stabilisation et au rapatriement, quitte à réorganiser ensuite l’usage et la gouvernance de ces fonds.
Au passage, la séquence renvoie à un sujet de fond : la taille potentielle des fonds RES dans la sous-région. Certaines estimations relayées dans le débat public évoquent un stock pouvant atteindre jusqu’à 6 000 milliards fcfa à l’échelle CEMAC, ce qui en ferait un “matelas” de devises considérable. Mais ces ordres de grandeur restent à manier avec prudence faute de publication consolidée et auditée. L’intérêt de la décision gabonaise, justement, est de transformer un sujet spéculatif en un chiffre daté, attribué et actionnable.
Reste le point le plus sensible : la gouvernance. La mesure vise explicitement à réduire l’opacité et à mettre fin à une logique de “caisse autonome” hors circuit de supervision, d’après les éléments rapportés par plusieurs médias. La suite déterminera si l’opération devient un jalon de transparence (audit, traçabilité, règles d’utilisation) ou un simple coup de liquidité ponctuel. Dans une zone monétaire sous tension, la crédibilité ne se gagne pas sur un rapatriement unique, mais sur la capacité à répéter l’exercice et à publier les flux.











