La Loi de finances 2026 acte une augmentation marquée des droits d’accises, dont le produit est attendu à 41,3 milliards de fcfa, contre 27,3 milliards de fcfa en 2025, soit +14 milliards de fcfa en un an (+51 %). Cette progression fait des accises l’un des principaux moteurs de la hausse des recettes fiscales hors pétrole. Elle traduit un choix budgétaire assumé : mobiliser rapidement des ressources en s’appuyant sur la consommation de masse, plutôt que sur une réforme structurelle de l’assiette fiscale.
Concrètement, ces droits d’accises concernent des biens et services du quotidien. Les boissons alcoolisées et sucrées, par exemple, sont directement visées. Une hausse des accises sur les boissons peut se traduire par une augmentation de 50 à 150 fcfa par unité, selon le produit, un surcoût qui se répercute intégralement sur le consommateur final. De même, les services de télécommunication, appels, données mobiles, figurent parmi les assiettes les plus contributives : une accise renforcée peut représenter plusieurs centaines de fcfa supplémentaires par mois pour un ménage moyen fortement dépendant du mobile.
Les accises touchent également des produits assimilés à l’énergie ou à des intrants indirects. Dans les faits, cela signifie que le coût du transport, de certains biens importés ou des services logistiques peut augmenter par effet de cascade. Pour un ménage urbain, la combinaison de hausses sur les communications, certaines boissons et les coûts indirects de transport peut représenter plusieurs milliers de fcfa supplémentaires par mois, sans qu’il s’agisse de nouveaux services ou d’une amélioration du pouvoir d’achat.
Ce type de mécanisme, largement utilisé pour son rendement rapide et son recouvrement sécurisé, fait d’ailleurs l’objet d’une attention particulière de la Cour des Comptes. Celle-ci souligne que lorsque la fiscalité indirecte progresse plus vite que les revenus, elle agit comme une ponction silencieuse sur le pouvoir d’achat. En 2026, la hausse des accises au Gabon dépasse largement la croissance nominale de l’économie, estimée autour de 4 %, ce qui accentue ce décalage.
À titre de comparaison, Sénégal a également recours aux droits d’accises, mais dans un cadre plus graduel. En 2024 et 2025, Dakar a limité les hausses sur les produits de grande consommation, préférant cibler des biens spécifiques (tabac, alcool fort) et renforcer le rendement de la TVA par l’élargissement de l’assiette. Les accises y représentent environ 1,2 % du PIB, avec une progression annuelle contenue autour de +8 à +10 %, afin de limiter l’impact direct sur les ménages. Dans le cas gabonais, la trajectoire retenue pour 2026 fait clairement des droits d’accises un outil d’ajustement budgétaire.













