L’austérité semble s’arrêter aux portes des ministères. Le rapport de la Cour des Comptes sur l’exécution du budget 2024 révèle un dérapage spectaculaire des dépenses de personnel, qui ont atteint 791,65 milliards de fcfa. Ce montant pulvérise l’enveloppe pourtant stricte votée par le Parlement, affichant un dépassement illégal de 19,9 milliards en une seule année.
Ce « trou » budgétaire n’est pas dû à des recrutements massifs dans les secteurs vitaux comme la santé ou l’enseignement. La Cour des Comptes est explicite : l’explosion de la masse salariale est alimentée par une distribution de primes et d’indemnités hors normes. Ces compléments de revenus, souvent octroyés dans l’opacité, transforment la fonction publique en une machine à privilèges pour une élite administrative.
Le rapport dénonce un non-respect flagrant du caractère « limitatif » des dépenses de personnel. En dépassant les crédits autorisés, le gouvernement a bafoué la loi de finances. Cette dérive montre que malgré les discours sur la rupture avec les pratiques du passé, les mécanismes de gratification personnelle au sommet de l’État sont restés intacts, voire se sont intensifiés en 2024.
Plus choquant encore, la Cour souligne que ces dépenses ont été exécutées au détriment d’autres priorités nationales. Pendant que les primes étaient versées, le pays continuait de manquer de fournitures de base. L’argent du contribuable a été détourné de sa mission d’intérêt général pour satisfaire l’appétit financier de l’appareil bureaucratique des nouveaux dirigeants.
En révélant ces chiffres, la Cour des Comptes place le politique face à ses contradictions. Comment justifier un tel faste alors que le pays est sous assistance internationale ? Ces 791 milliards de salaires en 2024 qui devraient grimper à 960 milliards fin 2026, et de primes constituent le symbole d’une transition qui n’a pas réussi à réformer son propre train de vie, préférant la récompense de ses cadres à la rigueur budgétaire.














