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Gabon : 2026, quand l’arbitrage entre l’école et la caserne met l’État face à ses contradictions

le coup de coeur

L’année 2026 ne marque pas une grève de plus ; elle marque une rupture. Pour la première fois depuis des décennies, le déclencheur n’est pas une prime impayée ni un retard technique, mais un arbitrage politique assumé : la revalorisation des rémunérations des hauts gradés des Forces de défense et de sécurité, actée en Conseil des ministres fin décembre 2025, alors que des milliers d’enseignants attendent toujours la régularisation de dossiers administratifs ouverts parfois depuis dix à quinze ans. Dans les établissements, le signal est que l’État sait aller vite quand il veut…mais pas pour l’école.

L’investissement de la Défense bondit

Cet arbitrage se lit aussi dans les chiffres. En 2026, l’éducation nationale est annoncée à 272,15 milliards de de fcfa, une hausse présentée comme “historique”, mais dont près de 80 % restent absorbés par la masse salariale et le fonctionnement, laissant un investissement contraint. Dans le même temps, l’investissement de la Défense bondit, passant d’environ 38,2 milliards de de fcfa en 2025 à 320 milliards de de fcfa en 2026. Le message implicite est puissant : la sécurité prime sur le savoir dans l’ordre des urgences budgétaires. Pour un corps enseignant déjà éprouvé, cette hiérarchie devient moralement intenable.

Le Sénégal et le Maroc ont adossé l’investissement aux réformes RH (formation, titularisation, évaluation), réduisant la conflictualité. © D.R.

La comparaison africaine achève de transformer la colère en questionnement rationnel. Des pays qui “tiennent” leur école ont fait des choix lisibles. Le Rwanda consacre environ 15-16 % de son budget à l’éducation, avec un pilotage resserré et une exécution suivie ; le Sénégal et le Maroc ont adossé l’investissement aux réformes RH (formation, titularisation, évaluation), réduisant la conflictualité. La leçon n’est pas qu’ils dépensent “plus” seulement ; c’est qu’ils alignent budget, gouvernance et ressources humaines. Au Gabon, l’alignement n’a jamais été achevé, d’où la récurrence des crises.

SOS Education : une réponse organisationnelle à trente-cinq ans d’échecs

C’est dans cet interstice qu’a émergé SOS Éducation, non comme un syndicat de plus, mais comme une réponse organisationnelle à trente-cinq ans d’échecs. Refus des accords discrets, décisions votées par la base, exigence d’actes administratifs exécutoires : le collectif a compris que la bataille n’était plus seulement sociale, mais institutionnelle. La grève de 2026 n’exige pas des palliatifs ; elle exige la fin de la précarité fabriquée par l’administration entre titularisations, reclassements, pensions ouvertes.

Le coût humain rend cette rupture irréversible. Des enseignants sont décédés sans retraite, faute de régularisation ; le dernier décès, survenu il y a quelques semaines, a ravivé une colère longtemps contenue. Ces morts ne sont pas des faits divers : ils sont la conséquence directe d’un système qui tolère l’attente indéfinie pour les uns et l’urgence administrative pour les autres. Dans ce contexte, reprendre les cours sans garanties écrites serait, pour la base, accepter la répétition du passé.

Au pied du mur

L’État est désormais au pied du mur. Soit il transforme la hausse budgétaire en exécution vérifiable (actes signés, calendriers opposables, priorisation de la régularisation), soit il acte un choix de société où l’école reste variable d’ajustement. La rupture de 2026 aura alors une portée historique : elle dira si le Gabon choisit de sécuriser ceux qui transmettent autant que ceux qui protègent, ou s’il accepte que l’école s’arrête chaque fois que la justice des arbitrages est mise en doute. Pour la première fois depuis 1992, la question n’est plus “comment sortir de la grève”, mais quel État voulons-nous construire.

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