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Gabon: 31 groupes électrogènes pour 18 localités, comme un symbole d’improvisation énergétique 

le coup de coeur

L’annonce de l’arrivée de 31 groupes électrogènes neufs de marque Caterpillar, destinés à alimenter 18 localités de l’intérieur du Gabon, suscite autant de soulagement que de perplexité. Certes, cette opération permet de répondre à l’urgence des délestages persistants qui minent la vie quotidienne hors de Libreville. Mais elle illustre aussi une fois de plus la logique de dépannage structurel, au détriment d’une véritable stratégie d’électrification durable, planifiée et fondée sur les ressources locales. L’achat en urgence de groupes thermiques rappelle tristement que le pays, pourtant riche en potentiel hydroélectrique et solaire, peine à sortir d’un modèle de gestion de crise.

Philippe Tonangoye, ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, a mis en avant la rapidité de l’opération, bouclée en « moins de 100 jours », comme gage de l’engagement présidentiel. Mais cette précipitation interroge notamment sur la planification à moyen et long terme. L’obsession de la « livraison avant le 30 août », une date symbolique, laisse penser que le politique prime sur la rationalité technique. Ce court-termisme, dopé par le souci de communication, transforme chaque crise énergétique en vitrine d’action, sans jamais régler les causes profondes. Des causes pourtant connues entre vétusté des infrastructures, absence de maintenance, centralisation des décisions, et manque de transparence dans les choix technologiques.

Le recours massif aux groupes électrogènes diesel, aussi performants soient-ils, perpétue la dépendance à une énergie fossile chère, polluante et sujette aux tensions logistiques. Leur exploitation implique un approvisionnement régulier en carburant, un réseau de maintenance permanent, et une chaîne d’importation sensible. Pourquoi ne pas avoir privilégié des unités hybrides, voire solaires, dans un pays qui bénéficie d’un ensoleillement élevé et de ressources hydroélectriques sous-exploitées ? Ce choix technologique soulève également des interrogations sur les conditions de passation des marchés, les fournisseurs retenus et les coûts totaux de possession à long terme.

Tchibanga, vitrine d’un aménagement à géométrie variable

La mise en avant de la ville de Tchibanga, qui recevra deux groupes électrogènes « en priorité » pour les festivités du 30 août, révèle par ailleurs une instrumentalisation des politiques d’accès à l’énergie à des fins symboliques et politiques. Certes, il est légitime de vouloir garantir l’électricité pour un événement national. Mais cette priorisation circonstancielle nourrit un sentiment d’inégalité dans le reste du territoire, où des villes entières vivent encore dans une précarité énergétique chronique, sans perspective claire d’électrification fiable. 

L’égalité d’accès à l’énergie, que revendique la vision présidentielle, mérite mieux qu’un empilement de réponses ponctuelles. Le Gabon a besoin d’un schéma directeur de l’électrification, fondé sur des diagnostics rigoureux, des données actualisées et une articulation claire entre sources renouvelables, interconnexion des réseaux, et financement soutenable. Tant que l’on répondra à l’insuffisance énergétique par des importations d’urgence, le pays manquera l’occasion historique d’opérer une transition énergétique juste, durable et souveraine.

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