À l’occasion de Mining Indaba 2026, le Gabon a clairement affiché son ambition : devenir une destination minière crédible et structurée dans le contexte du boom africain des minerais critiques. Le message est stratégique. Selon le rapport The State of African Energy 2026, la demande mondiale en minerais nécessaires à la transition énergétique pourrait être multipliée par cinq d’ici 2035. Dans cette recomposition des chaînes de valeur, Libreville entend passer du statut d’exportateur de ressources à celui d’acteur industriel à part entière.
Le pays dispose d’atouts tangibles. Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon affiche une production annuelle estimée autour de 8 millions de tonnes, soit près de 20 % de l’offre mondiale. Le manganèse représente l’un des principaux postes d’exportation hors pétrole et contribue significativement aux recettes en devises. Les autorités mettent également en avant un taux de transformation locale d’environ 40 %, grâce notamment aux unités de métallurgie implantées dans la zone économique spéciale de Nkok.
Au-delà du manganèse, le projet de fer de Bélinga constitue un autre pilier de la stratégie minière. Les ressources y sont estimées à plus d’un milliard de tonnes, positionnant le site parmi les grands projets structurants potentiels du continent. S’il est pleinement développé, Bélinga pourrait générer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects, tout en contribuant à la diversification d’une économie encore dépendante des hydrocarbures, lesquels représentent historiquement plus de 35 % du PIB et l’essentiel des exportations.
Pour convaincre les investisseurs, le Gabon insiste également sur la stabilité institutionnelle et l’amélioration du cadre juridique. Le pays met en avant un environnement réglementaire clarifié, une volonté de sécuriser les titres miniers et une orientation assumée vers la transformation locale. Dans un contexte où l’Afrique ne capte qu’une fraction de la valeur mondiale générée par les minerais critiques, le positionnement gabonais vise à rassurer sur la capacité du pays à offrir visibilité, infrastructures portuaires fonctionnelles et accès aux corridors logistiques régionaux.
Le défi reste néanmoins énergétique et industriel. La transformation minière exige une électricité abondante et compétitive, alors que la consommation électrique moyenne par habitant en Afrique subsaharienne demeure très inférieure aux standards mondiaux. Pour le Gabon, le pari consiste donc à articuler ressources minières, investissements énergétiques et montée en gamme industrielle. À Indaba Mining, le discours a été posé. La crédibilité du pays se jouera désormais sur sa capacité à traduire ces ambitions en projets financés, calendriers maîtrisés et volumes transformés localement.












