En France, les propositions « choc » du MEDEF, dont une délégation s’est rendue à Libreville en novembre 2025, sur l’emploi des jeunes ont déclenché une levée de boucliers, mais elles ont imposé une réalité : le patronat est sommé de dire, noir sur blanc, ce qu’il met sur la table. Parmi les pistes discutées figure même l’idée d’un CDI pouvant être rompu sans motif pendant les premières années, assorti d’obligations de formation et d’indemnisation progressive, un débat explosif, mais structurant, car il oblige les entreprises à se positionner sur le coût, le risque et la formation.
Au Gabon, le décor est plus brutal : la Banque mondiale rappelle que “plus d’un tiers” des 15-24 ans sont au chômage, un niveau qui place l’emploi des jeunes au rang de risque social majeur, au moment où le pays cherche à diversifier son économie. Les données internationales convergent : le chômage total reste élevé autour de 20 % selon les estimations de l’OIT, et le chômage des jeunes s’établit autour de 36 % en 2024, ce qui signifie qu’une large part des jeunes actifs disponibles ne trouvent pas d’emploi, même avant de parler de sous-emploi ou d’informel.
Dans le même temps, l’OIT souligne que, dans la région Afrique subsaharienne, le défi n’est pas seulement l’absence d’emplois, mais l’absence d’emplois productifs et décents, avec un taux régional estimé à 21,9 % en 2023, un indicateur-clé des jeunes “ni en emploi, ni en études, ni en formation”. C’est là que la question FEG devient centrale. La Fédération des Entreprises du Gabon revendique près de 500 entreprises, représentant environ 80 % du PIB et près de 90 % de l’emploi formel.
Autrement dit : si l’on cherche “où” se trouve la capacité d’embauche structurée, elle est en grande partie dans l’écosystème FEG. Et pourtant, le pays continue souvent d’attendre des investisseurs étrangers (pétrole, mines, bois, énergie) comme variable d’ajustement de l’emploi des jeunes. Or la Banque mondiale, dans son diagnostic, rappelle que le secteur privé formel reste étroit, que l’essentiel du tissu est composé de micro-entreprises, et que l’économie gabonaise reste marquée par une histoire de modèle tiré par l’État plus que par l’initiative privée, ce qui pèse sur la création d’emplois durables.
Que peut faire concrètement la FEG, au-delà des plaidoyers sur le climat des affaires ? D’abord, un levier immédiat est l’apprentissage/alternance : un “Pacte Alternance FEG” chiffré (par secteur) avec un objectif annuel de jeunes intégrés, des référentiels métiers communs, et un suivi public des sorties (emploi, certification). Ensuite, la FEG peut agir sur la commande locale et la sous-traitance : imposer des clauses “premier emploi” dans ses grandes chaînes de valeur (BTP, pétrole, logistique, services), et structurer des passerelles vers les PME.
Troisième levier, très opérationnel : la formation ciblée sur les besoins réels. La Banque mondiale souligne que les besoins en compétences émergent dans des secteurs comme la construction, la transformation du bois, les renouvelables et les TIC ; cela plaide pour des programmes cofinancés et co-certifiés par les entreprises elles-mêmes, afin de réduire le mismatch
Enfin, un point rarement mis au centre dans le débat public gabonais : les conditions macro qui étouffent l’emploi privé. Le diagnostic Banque mondiale rappelle que les chocs budgétaires et les arriérés peuvent fragiliser les entreprises et donc l’embauche. La FEG est-elle seulement un acteur de lobbying, ou un acteur de politique économique capable d’annoncer des engagements mesurables (quotas d’alternants, volumes de recrutements juniors, budgets de formation, objectifs de sous-traitance locale) et d’en rendre compte ? Quand une organisation revendique 80 % du PIB et 90 % de l’emploi formel, la lutte contre le chômage des jeunes ne peut plus rester un sujet “d’État” uniquement, elle devient un test de leadership économique.











