La dissolution de la SAEG (Société d’agriculture et d’élevage du Gabon) au profit de la société AGROPAG (Agropastorale du Gabon) lors du Conseil des ministres du 26 février 2026 marque le début d’une nouvelle ère pour l’agro-industrie gabonaise. Avec plus de 400 milliards de fcfa de fuites de devises liées aux importations alimentaires, Libreville tente un « reset » stratégique. L’AGROPAG n’a pas seulement pour mission de cultiver la terre, mais de structurer un véritable complexe agro-industriel capable de peser sur la balance commerciale du pays.
Cette nouvelle entité bénéficiera de mécanismes de financement plus robustes et d’un cadre opérationnel inspiré des modèles de réussite continentaux. Le gouvernement souhaite que l’AGROPAG agisse comme un agrégateur pour les petits producteurs, leur offrant accès aux intrants et aux marchés. C’est une approche systémique qui vise à transformer l’agriculture de subsistance en un secteur productif de masse, créateur d’emplois durables.
Pour les investisseurs, l’AGROPAG est un partenaire stratégique pour des partenariats public-privé (PPP). En sécurisant les terres et en facilitant les infrastructures de base, l’État réduit le ticket d’entrée pour les grands groupes agro-industriels mondiaux. L’objectif est de créer des chaînes de valeur locales, de la semence jusqu’au conditionnement final, pour réduire la dépendance aux chocs de prix internationaux.
Néanmoins, la logistique reste le point faible de cette ambition. Sans un réseau routier et ferroviaire performant pour acheminer les produits vers les centres urbains, l’AGROPAG risque de se heurter aux mêmes obstacles que ses prédécesseurs. La coordination entre le développement agricole et les grands travaux d’infrastructure sera donc la clé de voûte de cette stratégie de souveraineté alimentaire.
L’enjeu est aussi social : en stabilisant les prix par une offre locale abondante, le Gabon se protège contre l’inflation importée qui frappe durement le panier de la ménagère. À long terme, AGROPAG pourrait même viser l’exportation vers les marchés voisins de la CEMAC, faisant de l’agriculture le second poumon économique du pays après les hydrocarbures.













