La question revient à mesure que le chômage s’installe à un niveau élevé : le Gabon a-t-il une allocation chômage opérationnelle ? À ce stade, le dispositif existe surtout dans les textes et beaucoup moins dans l’exécution. Le régime gabonais de sécurité sociale, tel que décrit (CNSS/CNAMGS), est structuré autour de branches classiques (maladie, risques professionnels, prestations familiales, pensions), sans que l’assurance-chômage ne soit présentée comme une branche pleinement déployée.
Pourtant, le Code de protection sociale (loi n°028/2016 promulguée en 2017) prévoit explicitement des régimes d’assurance-chômage, comprenant un Compte d’épargne chômage (CEC) et une allocation chômage. Le même corpus est souvent associé à une difficulté clé : l’architecture est posée, mais la mise en musique dépend de décrets, d’outils de collecte et d’une gouvernance financière (cotisations, bénéficiaires, conditions, contrôle).
Ce qui fonctionne déjà, en revanche, c’est un mécanisme différent : le “chômage technique” prévu par le Code du travail 2021. Il s’agit d’une suspension temporaire du contrat décidée par l’employeur pour raisons techniques ou conjoncturelles, plafonnée à six mois (renouvellement compris), avec versement d’une allocation de chômage technique dont le taux est déterminé par conventions/accords ou, à défaut, par accord entre parties, sous suivi de l’inspection du travail.
Mais ce dispositif vise avant tout à amortir un choc d’activité dans une entreprise ; il n’est pas une assurance-chômage “macro” pour les personnes sans emploi. En cas de perte d’emploi, le droit du travail encadre surtout la rupture : indemnité de licenciement (hors faute lourde), et, dans certains licenciements collectifs économiques, mise en place d’un plan social.
Autrement dit, la protection repose davantage sur la relation employeur-salarié (et la capacité de l’entreprise à payer) que sur une caisse mutualisée couvrant le risque chômage à l’échelle nationale, ce qui laisse une grande partie des demandeurs (notamment informels, primo-demandeurs, jeunes) avec une couverture limitée, alors que l’État intensifie la pression sur les populations en multipliant les taxes en tous genres.
Dans un marché du travail où le chômage total est estimé autour de 20% et le chômage des jeunes autour de 36%, le besoin social est pourtant massif et le risque de “promesse sans guichet” de plus en plus élevé. A ce stade, la séquence la plus crédible, pour les investisseurs comme pour les ménages, serait donc lisible et graduelle : d’abord stabiliser les statistiques (PNPE), clarifier les règles et les décrets d’application de l’assurance-chômage (code 2017), puis démontrer une capacité à financer et à contrôler le dispositif avant toute montée en charge. Une équation à plusieurs inconnus.











