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Gabon : BGFIBank, Ecobank et Orabank, les trois banques au cœur du pillage de la “Young Team”

le coup de coeur

Au procès retentissant de la « Young Team », ce groupe de jeunes cadres accusés d’avoir détourné des milliards de fcfa du trésor public, les révélations s’enchaînent : pas seulement des hommes, mais un véritable écosystème bancaire est mis en cause. Parmi les institutions citées lors des audiences, BGFIBank se détache comme le pilier central, tandis que Orabank et Ecobank apparaissent comme des relais essentiels de ce système présumé de blanchiment et d’enrichissement. L’accusation esquisse un schéma où ces banques n’auraient pas simplement servi d’intermédiaires : elles auraient activement soutenu, consciemment ou non, les circuits de transfert de fonds illicites mis en place par les élites du pouvoir déchu.

L’un des points les plus troublants mis en évidence par le procès concerne les comptes privés détenus par certains coaccusés à la BGFIBank. Selon informations recueillies lors du procès, plusieurs personnalités de la Young Team, dont des proches de Noureddin Bongo, avaient des soldes faramineux : « près de 500 millions de fcfa » dans un compte BGFIBank, et jusqu’à 200 millions de fcfa dans un compte Orabank, des virements de « 2 milliards de fcfa », pour ne citer que ceux-là. Ces montants ne sont pas anecdotiques : ils suggèrent que ces banques ont servi à loger des fortunes individuelles très importantes, dans un contexte où l’État gabonais alléguait que des emprunts massifs contractés par l’État avaient « fini dans des comptes privés ». 

Le rôle de BGFIBank est encore renforcé par des antécédents institutionnels : dans un rapport de la Cour des comptes couvrant la période 2005-2018, il est révélé qu’une partie des recettes de la Direction générale de la Documentation et de l’Immigration (DGDI), notamment des droits de passeport et de visa, ne transitait pas vers l’agence comptable de l’État mais vers un compte ouvert à la BGFIBank.  Cette pratique, si elle n’implique pas directement les accusations actuelles, met en lumière une porosité ancienne entre les ressources publiques et le secteur bancaire privé.

Quant à Ecobank, bien que moins souvent nommée dans les grands titres financiers liés au procès, des responsables judiciaires auraient indiqué que certains dirigeants de la banque seraient convoqués pour s’expliquer, selon des comptes-rendus du parquet. Cette implication, même indirecte, soulève des questions : comment une banque de réseau panafricain a-t-elle pu être instrumentalisée dans des transferts controversés ? Existe-t-il des lacunes dans les contrôles internes ? La pression monte pour que des audits indépendants et des enquêtes bancaires soient engagés.

Symboliquement, le fait que Henri-Claude Oyima, le PDG de BGFIBank, soit lui-même une figure de pouvoir, renforce l’argument selon lequel ces institutions bancaires pourraient être plus que des spectateurs neutres.  Dans ce procès, on ne voit pas seulement un détournement de l’argent de l’État : on voit un système où des élites politiques et économiques ont tissé une toile avec le secteur bancaire, et où les banques n’ont pas été suffisamment vigilantes, ou pire, auraient toléré consciemment ou non, des pratiques douteuses.

À l’issue du procès, la justice doit désormais aller au-delà des condamnations individuelles : il s’agit d’un défi institutionnel majeur. Si BGFIBank, Orabank et Ecobank sont solidement impliquées dans les flux au cœur de ces accusations, leur responsabilité ne peut pas se cantonner à des vérifications ponctuelles. Le Gabon a besoin de réformes structurelles : audits bancaires indépendants, renforcement des régulateurs financiers, transparence sur les comptes des hauts dirigeants, et coopération internationale pour tracer les capitaux.

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