L’axe Bifoun-Ndjolé, long de 56 km, est devenu le symbole de l’échec des politiques d’infrastructures du Gabon. Pendant quatorze ans sous l’ancien régime, ce tronçon stratégique a été abandonné au profit de projets de prestige comme les stades de la CAN. Aujourd’hui, après deux ans de gestion par les nouvelles autorités, la situation peine encore à se normaliser durablement, malgré des promesses répétées et des budgets qui semblent s’évaporer dans la boue.
Le constat est accablant : ce que les usagers appellent « le tronçon de la honte » est le résultat d’un désengagement de l’entretien routier au profit d’une reconstruction coûteuse. En négligeant la maintenance régulière, l’État a multiplié par vingt le coût final de la remise en état. Ces seize années de « cosmétique routière », de simples rebouchages de nids-de-poule sans structure profonde, ont fini par détruire l’assise même de la chaussée.
Depuis 2024, le CTRI avait tenté de reprendre la main avec des travaux en béton bitumineux et la mobilisation d’entreprises comme Sogea-Satom. Mais le rythme d’exécution, freiné par des retards administratifs et des discussions budgétaires, laisse les automobilistes sceptiques. Les 350 milliards de fcfa alloués au ministère des Travaux publics pour 2025 paraissent dérisoires face au retard accumulé sur l’ensemble du réseau national.
Bifoun-Ndjolé est plus qu’une route ; c’est un carrefour névralgique reliant le centre, le nord et l’est du pays. Son délabrement asphyxie l’économie intérieure en augmentant les coûts de transport des marchandises. Le procès fait ici est celui d’une vision court-termiste qui a privilégié l’image à l’utilité publique. Les deux ans de transition actuels sont maintenant jugés à l’aune de cette urgence : le bitume doit remplacer les discours.
La réhabilitation de cet axe sera le baromètre de la réussite du CTRI dans le secteur des infrastructures. Si en 2025 les 56 km ne sont pas totalement sécurisés et bitumés, la rupture promise avec le passé sera perçue comme un simple changement de décor. Les Gabonais ne veulent plus de visites de terrain et de promesses au sortir des forums ; ils attendent une route qui ne détruit plus leurs véhicules et leurs espoirs de développement.














