Au Gabon, la chaîne budgétaire souffre d’un mal devenu chronique : l’invisibilité persistante des rapports d’exécution budgétaire. Année après année, les lois de finances sont votées, les crédits engagés, les dépenses exécutées… mais les documents permettant de vérifier comment, où et à quel rythme l’argent public est réellement dépensé restent largement et sciemment hors de portée du public, des parlementaires et même des partenaires techniques.
Au cœur du problème, une Direction générale du Budget et des Finances publiques (DGBFip) hors tempo, pourtant responsable de la production et de la publication des rapports d’exécution (trimestriels, semestriels et annuels). En théorie, ces documents sont indispensables pour apprécier la soutenabilité budgétaire, la sincérité des prévisions et le respect des arbitrages votés par le Parlement. En pratique, ils sont rares, tardifs ou inexistants, quand ils ne se limitent pas à des agrégats incomplets, sans ventilation sectorielle exploitable.
Cette situation n’est pas nouvelle. Elle est documentée et signalée à répétition par les partenaires financiers du Gabon, au premier rang desquels le Fonds monétaire international. Dans ses revues successives, l’institution insiste sur la nécessité d’une meilleure transparence budgétaire, d’un suivi rigoureux de l’exécution et d’une publication régulière des données, condition clé de crédibilité macroéconomique.
Malgré ces récriminations, la DGBFip semble avancer à contre-courant. Les engagements pris dans les cadres de discussion avec le FMI, amélioration du reporting, respect des calendriers, alignement sur les standards de transparence, peinent à se traduire en actes visibles. Résultat : un écart croissant entre le discours officiel de rigueur budgétaire et la réalité opérationnelle du suivi des dépenses.
Ce déficit d’information n’est pas anodin. Sans rapports d’exécution fiables, il est impossible d’évaluer les dérapages intra-annuels, les arbitrages de fin d’exercice se font sans visibilité claire, les dépassements ou sous-exécutions sectorielles échappent au débat public. Résultat, un risque politique, financier et réputationnel pour le Gabon. Pour les investisseurs et bailleurs, cette opacité complique la lecture du risque pays. Pour les citoyens, elle alimente la suspicion : où passent réellement les crédits votés ? Pour l’État lui-même, elle affaiblit la crédibilité des réformes budgétaires annoncées et nourrit l’idée que la discipline financière reste plus proclamée que pratiquée.
À l’heure où le Gabon cherche à restaurer sa signature financière, à rassurer les marchés et à renouer avec des partenaires exigeants, l’absence persistante de rapports d’exécution budgétaire n’est plus un simple dysfonctionnement administratif. C’est un angle mort stratégique. Et tant que la DGBFip continuera d’ignorer ou de minimiser les alertes répétées du FMI, la promesse de transparence budgétaire restera un slogan, pas un standard.











