L’arrêt des travaux sur la Transgabonaise, après le départ annoncé d’AFCONS, plonge le projet phare du pays dans une incertitude critique. Le tronçon reliant le PK24 au PK105, censé être la vitrine de la modernisation routière, est aujourd’hui une zone d’immobilisme. Ce chantier, budgétisé à plus de 600 milliards de fcfa, est en train de se transformer en un naufrage logistique dont les conséquences économiques sont incalculables.
Qui prendra la relève ? La question hante le ministère des Travaux publics. Reprendre un contrat de cette envergure en cours de route est un défi technique et financier majeur. Le futur repreneur devra non seulement mobiliser un matériel colossal, mais aussi assumer les éventuelles malfaçons ou retards accumulés. Pour l’État, le temps presse car chaque mois d’arrêt renchérit le coût final de la construction.
L’absence d’annonce officielle sur un nouveau prestataire suggère des négociations complexes en coulisses. Le Gabon cherche-t-il à favoriser des entreprises locales au risque de manquer de capacité technique, ou se tournera-t-il vers de nouveaux partenaires internationaux (Chine, Turquie, France) ? Ce flou décisionnel paralyse une artère par laquelle transitent l’essentiel des marchandises et des ressources du pays.
Le naufrage de la Transgabonaise serait un camouflet pour la transition. Le projet était censé démontrer la capacité du pays à réaliser des infrastructures de classe mondiale sans la corruption du passé. Si le chantier s’enlise, il deviendra le symbole d’une transition qui peine à transformer ses ambitions en bitume. Les usagers, eux, ne se contenteront pas de justifications sur la rupture de contrat.
Sauver la Transgabonaise nécessite une action radicale : soit une reprise en régie par le génie militaire ou les travaux publics, soit un appel d’offres d’urgence transparent. La survie économique du pays dépend de cette route. Tant que les engins ne rugiront pas de nouveau entre Ntoum et Kango, la promesse de modernisation restera une fiction administrative coincée dans les dossiers du ministère.














