Le conseil d’administration d’Eramet a mis fin, avec effet immédiat, au mandat de son directeur général Paulo Castellari, invoquant des « divergences sur les modes de fonctionnement ». Dans l’attente d’un successeur, la présidente du groupe, Christel Bories, reprend la direction générale à titre intérimaire, une décision qui a secoué les investisseurs et relancé le débat sur la gouvernance du groupe, à deux semaines de la publication des résultats annuels.
Pour le Gabon, le timing est particulièrement sensible. Le pays a acté une ligne politique claire en décidant de mettre fin aux exportations de manganèse brut à partir du 1er janvier 2029, afin d’accélérer la transformation locale. Or, ce chantier implique des arbitrages industriels lourds (énergie, logistique, capacités métallurgiques, financement) et une coordination étroite avec l’opérateur dominant via Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog). Les autorités gabonaises indiquent avoir mis en place un groupe de travail commun État–Eramet sur la transformation « en local de tout le manganèse produit ».
C’est là que le retour de Christel Bories crée une zone de friction potentielle. Avant l’épisode Castellari, la présidente d’Eramet avait publiquement mis en avant les contraintes “réelles” du contexte gabonais (capacité industrielle, énergie, prérequis techniques) face à l’exigence d’industrialisation accélérée, alimentant l’idée, côté gabonais, d’une direction jugée plus réservée sur le calendrier et les modalités de la transformation locale. Eramet, de son côté, disait « prendre note » de l’intention gabonaise et insistait sur la nécessité d’un chemin industriel crédible. Dans ce contexte, la transition managériale peut retarder des décisions structurantes, investissement, choix technologiques, phasage, alors même que l’échéance 2029 sert désormais de repère politique.
En interne, le dossier gabonais s’ajoute à la pression du plan « ReSolution », construit autour de la sécurité et responsabilité, de l’excellence opérationnelle et de la résilience financière, avec un objectif affiché de long terme de « zéro blessure ». Pour le pays, l’équation est à une seule inconnue : la dynamique de transformation locale ne dépend pas seulement de l’annonce politique, mais de la capacité d’Eramet à stabiliser sa gouvernance, à sécuriser ses arbitrages industriels, et à négocier un compromis opérationnel avec l’État. Le retour de Christel Bories clarifie l’autorité à court terme, mais il rouvre aussi un débat : qui pilote réellement la “nouvelle” relation minière Gabon–Eramet à l’approche de 2029 ?











