Le Gabon n’est pas un pays sans électricité. Avec un taux d’électrification qui dépasse 94 % de la population, l’un des plus élevés d’Afrique subsaharienne, il fait figure d’exception sur un continent où des centaines de millions de personnes restent dans l’obscurité. Mais cette statistique flatteuse masque une réalité plus complexe : avec 704 MW de capacité installée pour une demande atteignant 1 039 MW, le Gabon affiche un déficit structurel de 335 MW qui pèse sur sa compétitivité industrielle, freine l’investissement et limite directement les ambitions de diversification économique portées par le gouvernement.
Le problème gabonais n’est pas l’accès à l’électricité, c’est la capacité à en produire suffisamment pour ses propres ambitions. Ce déficit n’est pas une fatalité. Le Gabon dispose d’un potentiel hydroélectrique estimé à plus de 6 000 MW, dont moins de 10 % est aujourd’hui exploité. Le fleuve Ogooué et ses affluents offrent des sites de barrages parmi les plus prometteurs d’Afrique centrale. Le Grand Poubara, mis en service en 2013, a marqué une étape importante avec ses 160 MW de capacité, principalement dédiés à l’alimentation des opérations minières de la COMILOG. Mais depuis, les grands projets hydroélectriques peinent à se concrétiser, faute de financements structurés et d’une gouvernance sectorielle suffisamment lisible pour les investisseurs institutionnels.
C’est précisément dans cette brèche que s’inscrit le double mouvement en cours : d’un côté, Aksa Enerji avance sur sa centrale bi-fuel de 100 MW à Libreville, solution thermique rapide à déployer pour combler le déficit à court terme, avec en parallèle un projet de 1 000 MW dans la Ngounié aux contours encore à préciser. De l’autre, la création du Fonds National pour l’Énergie et l’Eau (FNEE) vise à structurer le financement de long terme du secteur, en mobilisant des ressources internationales, notamment auprès des fonds climatiques et de la finance verte, pour accélérer la vers un mix énergétique dominé par l’hydroélectrique. La réforme de l’ARSEE et la clarification des rôles entre SEEG, CNEE, FNEE et ARSEE constituent le pendant institutionnel indispensable à cette ambition.
L’enjeu industriel est direct. Le développement simultané de Baniaka (Genmin), des projets de gaz offshore (Panoro, Perenco) et des zones économiques spéciales que le gouvernement ambitionne de développer implique des besoins énergétiques en forte croissance. Une mine de fer en pleine production consomme des volumes d’électricité considérables. Baniaka seul, à 10 millions de tonnes annuelles, pourrait représenter une demande supplémentaire de 50 à 80 MW. Sans capacité de production suffisante, les ambitions industrielles de la resteront lettre morte, ou pire, seront captées par des solutions diesel coûteuses et carbonées qui grèveront la compétitivité des nouveaux projets.
Ce que le gouvernement doit comprendre, c’est que l’énergie n’est pas un secteur parmi d’autres dans le PNCD, c’est la condition préalable à la réussite de tous les autres. Pas d’industrie minière compétitive sans électricité abondante et bon marché. Pas de transformation locale du manganèse ou du fer sans énergie stable. Pas de zones économiques spéciales attractives sans infrastructure électrique fiable. Le FNEE, l’ARSEE, la réforme de la SEEG et les investissements d’Aksa Enerji forment un ensemble. Mais il faudra que chacun joue pleinement sa partition.














