spot_img

Notre devoir, servir la vérité.

spot_img

Gabon : des diagnostics chiffrés à l’épreuve du pouvoir, Mays Mouissi face à ses propres équations

le coup de coeur

Après avoir bâti sa crédibilité sur des analyses chiffrées sans concession sous l’ère Ali Bongo, Mays Mouissi se retrouve aujourd’hui en position d’acteur de l’action publique, au cœur d’un appareil d’État qu’il a longtemps disséqué. En 2015, il documentait une crise du logement structurelle, fondée sur un besoin annuel de 7682 logements urbains et 6146 parcelles aménagées, face à une production publique inférieure à 2% de la demande. Onze ans plus tard, ces ordres de grandeur restent la toile de fond de l’action ministérielle.

Les chiffres qu’il mobilisait hier sont implacables. Entre 2004 et 2008, l’État n’a produit en moyenne que 90 parcelles par an, contre un besoin supérieur à 6 000. Sur le logement, malgré l’engagement présidentiel de 5 000 logements par an entre 2009 et 2016, seuls 6 370 logements ont été effectivement mis en chantier, soit 910 logements par an. À ce rythme, Mays Mouissi estimait qu’il faudrait plus de 200 ans pour résorber un déficit évalué à environ 200 000 logements.

Sur le foncier, autre pilier de sa critique, le constat est tout aussi sévère. Entre 2004 et 2008, seuls 856 titres fonciers ont été délivrés, soit 171 par an, dans un pays où des dizaines de milliers de ménages attendent une régularisation. Même les objectifs plus récents de 7 500 à 10 000 titres fonciers par an sont restés, à l’échelle des besoins cumulés, structurellement insuffisants pour déclencher un choc d’investissement privé.

Désormais aux responsabilités en tant que ministre de Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, l’économiste, qui n’a pas laissé une trace indélébile… à l’Économie, est désormais confronté aux mêmes contraintes qu’il dénonçait : lourdeurs administratives, arbitrages budgétaires restrictifs, capacité limitée de l’État à financer seul l’aménagement urbain. La différence tient à une ligne de crête : transformer des ratios d’échec en indicateurs de résultats. Hectares réellement aménagés, titres effectivement délivrés, logements livrés et non annoncés, seront les seuls marqueurs crédibles.

Les chiffres qui servaient hier à démontrer l’échec des politiques publiques sont appelés à devenir les instruments d’évaluation de l’action actuelle. Dans un pays où l’écart entre promesses et réalisations a parfois dépassé 90%, le passage de l’analyse à l’exécution fera de Mays Mouissi non plus un simple observateur des déséquilibres, mais un comptable direct de leur éventuelle correction.

spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img

Derniers Articles