Le Gabon affiche aujourd’hui un paradoxe économique saisissant. D’un côté, l’État revendique un effort inédit de remboursement de dette, avec 3142 milliards de fcfa payés en moins de deux ans, entre août 2023 et fin 2025. De l’autre, l’encours global de la dette publique demeure élevé, estimé à plus de 8600 milliards de fcfa à fin octobre 2025, soit près de 80% du PIB. Cette contradiction nourrit un sentiment de flottement avec un État qui paie beaucoup, mais reste structurellement contraint.
Cette fragilité est confirmée par la dégradation récente de la signature souveraine. En décembre 2025, Fitch Ratings a abaissé la note du pays à CCC-, pointant une pression accrue sur la trésorerie, des déficits persistants et un accès limité aux financements concessionnels. L’agence anticipe une poursuite de la hausse du ratio dette/PIB, projeté au-delà de 85% en 2026.
Autrement dit, malgré l’effort de remboursement, la trajectoire globale reste jugée risquée par les marchés. À cette équation déjà complexe s’ajoute l’absence de programme formel avec le FMI. Le Gabon ne bénéficie ni d’un cadre macroéconomique validé par un bailleur de référence, ni d’un filet de sécurité financière en cas de choc externe. Cette situation prive le pays d’un levier de crédibilité, alors même que les besoins de financement demeurent importants, notamment pour soutenir un budget 2026 de plus de 6300 milliards de fcfa, dont près de 60% consacrés aux dépenses de fonctionnement.
Sur le terrain de la gouvernance, les signaux sont tout aussi préoccupants. Les scandales financiers, à l’image des 10 milliards de fcfa détournés au ministère du Tourisme, entrent en collision frontale avec les discours de rigueur et de discipline budgétaire. Ces montants, qui pourraient financer plusieurs hôpitaux de proximité ou des centaines de salles de classe, renforcent l’idée d’une fuite persistante des ressources publiques, au moment même où l’État demande des sacrifices.
Le pilotage stratégique apparaît également brouillé. Le basculement du PNDT 2023-2026 vers le PNDC 2026-2030 s’est opéré sans bilan public chiffré, ni évaluation indépendante des résultats du plan précédent. Aucun indicateur consolidé n’a été publié sur l’impact réel des investissements engagés, estimés à plusieurs centaines de milliards de fcfa sur la période. Cette accumulation de plans sans reddition de comptes renforce l’impression d’un État qui multiplie les instruments, mais peine à définir une trajectoire lisible. Dans ce contexte, le grand flottement économique du Gabon tient moins à l’absence d’efforts qu’à l’absence de cap clairement assumé.











