Le Conseil des ministres place les difficultés d’accès à l’eau, à l’électricité et aux transports au cœur de l’agenda gouvernemental. Un choix lucide, tant ces secteurs pèsent directement sur le coût de la vie, la productivité et la compétitivité économique. Cette priorité révèle toutefois une réalité bien embarrassante où les problèmes les plus élémentaires de l’action publique restent irrésolus. Malgré les plans successifs, les ménages continuent de subir pénuries et délestages.
Depuis plus d’une décennie, chaque gouvernement promet de régler définitivement la crise énergétique et hydrique. Les annonces se succèdent, les budgets sont votés, les partenaires techniques mobilisés. Pourtant, sur le terrain, les résultats tardent à se matérialiser. Cette répétition installe une forme de lassitude collective et affaiblit progressivement la crédibilité de la parole publique.
La persistance de ces urgences pose une question structurelle : pourquoi l’État gabonais parvient-il à planifier à long terme sur le papier, mais échoue à stabiliser des services publics essentiels ? Le problème semble moins financier que structurel, lié à la gouvernance des opérateurs, à la chaîne de décision et à la maintenance des infrastructures. À chaque crise, la réponse semble repartir de zéro.
En mettant ces secteurs en avant, le Conseil reconnaît implicitement que la performance économique ne peut exister sans services publics fonctionnels. Mais cette reconnaissance arrive tard, après des années où les priorités ont souvent été dispersées entre grands projets symboliques et urgences sociales non traitées durablement.
À ce stade, l’urgence sociale apparaît surtout comme le révélateur des limites accumulées de l’action publique. Elle agit comme un rappel brutal. Sans résultats concrets dans ces secteurs, toute ambition de transformation économique reste fragile, voire illusoire. Rappelons qu’en renchérissant le niveau de taxes et autres cotisations sociales à l’image de la récente revalorisation des cotisations salariales, l’exécutif semble poser les bases d’un pays où les populations financent elles-mêmes le développement, bien que limité, du pays.











