La crise sociale que traverse le Gabon ressemble à un premier test grandeur nature pour le pouvoir : en quelques semaines, l’éducation, la santé et les hydrocarbures ont chacun ouvert leur propre front, avec le même fil conducteur, emploi, précarité, gouvernance et respect des engagements. Dans un pays où l’État reste l’ultime arbitre, ces dossiers s’additionnent et dessinent une ligne de crête bien visible. L’Etat doit désormais contenir la grogne sans gripper les secteurs qui font tourner l’économie et les services publics.
Côté école, la crise est devenue nationale. La grève, installée depuis décembre 2025, s’est durcie autour de revendications salariales et de régularisation d’agents, au point d’aboutir à une médiation désignée après l’incarcération de deux syndicalistes, selon Info241. Le bras de fer illustre une réalité simple : sans mécanisme de règlement rapide des arriérés et des statuts administratifs, la tension se déplace du terrain pédagogique vers le terrain politique.
La santé, elle, a frôlé la rupture avant de basculer dans un sursis. Les syndicats ont porté au sommet de l’État des problèmes de gouvernance hospitalière, de conditions de travail et de gestion de la main-d’œuvre non permanente. Après échange avec le chef de l’État, un préavis a été suspendu jusqu’au 25 février, signe d’un apaisement provisoire, mais aussi d’un calendrier serré pour produire des réponses concrètes.
Le dossier le plus sensible reste l’or noir. Face à un préavis de grève dans l’industrie pétrolière, l’exécutif a réuni opérateurs et syndicats et arrêté un calendrier de négociations du 30 janvier au 7 février, piloté par Hermann Immongault. L’alerte est prise au sérieux, car les hydrocarbures pèsent lourd : la Banque mondiale estime que le pétrole a représenté près de 50 % des recettes publiques et 65 % des exportations en 2024. Sur le fond, les discussions touchent aussi à l’encadrement de l’emploi et aux licenciements, thèmes que la présidence dit vouloir mieux verrouiller.
Et la prochaine ligne de friction est déjà identifiable : la “vie financière” des ménages, c’est-à-dire la pression fiscale et parafiscale. La Taxe forfaitaire d’habitation cristallise le débat, avec une contestation formalisée devant la Cour constitutionnelle par Jean-Valentin Leyama et une mise en œuvre annoncée via la facture d’électricité de la SEEG. Dans le même temps, le gouvernement met en avant la lutte contre la vie chère (centrale d’achats, discipline budgétaire), mais si les réformes élargissent l’assiette sans gains visibles sur le pouvoir d’achat et les services, la grogne sectorielle peut vite devenir une grogne transversale. A noter que les régies financières sont également sur les rangs pour lancer à leur tour un mouvement de grève.











