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Gabon : éducation vs défense, le choc des arbitrages derrière la “priorité nationale” (2010-2026)

le coup de coeur

Depuis les États généraux de 2010, l’éducation est proclamée “priorité nationale”. Pourtant, la trajectoire budgétaire raconte une autre histoire : en 2015, la Mission 11 “Éducation nationale, enseignement technique et professionnel” affichait 145,17 milliards de fcfa (après 136,99 milliards en 2014), selon le PAP annexé au projet de loi de finances 2015, un document budgétaire officiel, pas un communiqué.  Dix ans plus tard, l’État revendique une hausse : pour 2026, la Mission 11 “Éducation Nationale” est annoncée à 272,15 milliards de fcfa, portée par un plan d’investissement de 150,7 milliards (dont 1 185 salles de classe annoncées). 

La Défense défend une bascule budgétaire spectaculaire

Mais la crise ne se nourrit pas que du « combien ». Elle se nourrit surtout du « qui d’abord ». Car au même moment, la Défense défend une bascule budgétaire spectaculaire : les crédits d’investissement passent de 38,2 milliards de fcfa en 2025 à 320 milliards de fcfa en 2026, selon l’audition officielle de la ministre de la Défense devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale. Autrement dit : l’investissement militaire réclamé pour 2026, à lui seul, pèse plus de deux fois l’investissement éducatif annoncé (320 vs 150,7). Dans un pays en « cure d’austérité », ce genre d’écart n’est pas neutre : il redessine la hiérarchie réelle des urgences de l’État.

C’est ici que l’élément déclencheur de l’énième grève prend sens : la revalorisation de la rémunération des officiers généraux. Le Conseil des ministres du 29 décembre 2025 a acté un décret modifiant le régime de rémunération des Forces de défense et de sécurité, avec une revalorisation explicitement orientée vers les cadres supérieurs. Dans les établissements scolaires, le message reçu est brutal : on peut accélérer un décret pour les hauts gradés, mais l’administration peut laisser traîner des années des actes de carrière d’enseignants, ceux-là mêmes qui tiennent l’école debout, parfois sans titularisation, sans reclassement, sans droits à retraite.

Le Rwanda consacre 15,6% du budget national à l’éducation en 2023/24

Et c’est là que la comparaison africaine devient instructive, parce qu’elle offre des réponses, pas seulement des indignations. Le Rwanda, par exemple, consacre 15,6% du budget national à l’éducation en 2023/2024, selon une note budgétaire de l’UNICEF. Ce n’est pas « magique », mais c’est un choix : sanctuariser une part significative, piloter, suivre. À l’inverse, le Gabon a longtemps fonctionné avec une éducation « prioritaire » dans le discours, mais vulnérable dans l’exécution, et surtout plombée par une gestion RH qui fabrique de la précarité (vacations, contractuels, dossiers qui traînent), donc une conflictualité chronique.

La question qui doit hanter le lecteur est simple : que vaut une hausse de budget si l’État n’est pas capable de convertir l’argent en actes administratifs, en carrières sécurisées et en paix scolaire ? L’audition budgétaire elle-même rappelle que le budget 2026 doit inclure la régularisation administrative et le recrutement. Très bien. Mais tant que la logique restera : « décrets rapides pour les uniformes, lenteurs pour les craies », la grève deviendra un instrument politique de rappel à l’ordre. La crise de 2026 n’est pas une surprise : elle est un signal d’alarme sur la crédibilité de l’État à arbitrer équitablement entre sécurité et savoir.

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