Réouverte en juillet 2025 après huit ans d’interruption, l’École Nationale d’Administration devait accompagner la refondation de l’État et former les cadres de la future Ve République. Les autorités avaient affiché de grandes ambitions avec des filières modernisées, l’excellence académique et un retour structuré des périodes d’immersion professionnelle. Une feuille de route cohérente, portée par la réhabilitation des infrastructures et la volonté de repositionner l’école comme vivier stratégique de la haute fonction publique.
Mais à peine relancée, l’institution se heurte à une réalité moins glorieuse. Les élèves-administrateurs dénoncent l’absence totale de trousseaux scolaires et le non-versement des bourses censées soutenir leur formation intensive. Dans un contexte national où les retards de paiement de l’ANBG s’accumulent dans d’autres établissements, l’ENA n’échappe visiblement pas aux dysfonctionnements systémiques. Les exigences académiques demeurent élevées, mais le minimum d’accompagnement matériel n’est pas assuré, plongeant une partie de la promotion dans une précarité inattendue.
La situation se dégrade davantage sur le volet pratique. Alors que l’école a officiellement réintroduit les immersions et stages pour appuyer la professionnalisation, les départs se déroulent à deux vitesses : certains élèves ont obtenu un poste d’accueil, d’autres restent à domicile faute d’affectation. Et parmi ceux déjà déployés, plusieurs peinent à rejoindre quotidiennement leur lieu de stage, faute de bourse ou de moyens de transport. Un paradoxe qui discrédite l’un des axes majeurs de la réforme annoncée à savoir : rapprocher la formation des réalités du service public.
Face à ces manquements répétés, le malaise grandit et laisse planer l’ombre d’un mouvement social inédit à l’ENA. La menace d’une grève générale, du jamais-vu dans l’histoire de cette institution, résume la fracture entre les ambitions portées par la relance de l’école et la réalité vécue par ceux censés devenir les piliers de l’administration nouvelle. Entre communication institutionnelle et détresse étudiante, l’ENA semble aujourd’hui prise dans un décalage profond qui pourrait fragiliser l’un des projets emblématiques de la refondation publique.








