Le franchissement de la barre des 114 dollars par le baril de Brent ce dimanche place le gouvernement de la Transition devant un dilemme sans précédent. Alors que les 6358 milliards de fcfa budget de l’État tablait sur un pétrole bien plus abordable, l’explosion des cours mondiaux renchérit mécaniquement le coût d’acquisition des produits raffinés (essence, gasoil, pétrole lampant) que le Gabon importe massivement. Dans ce contexte de surchauffe liée au conflit en Iran, la question n’est plus de savoir si la pression existe, mais combien de temps l’État pourra contenir l’onde de choc avant qu’elle ne frappe le porte-monnaie des usagers.
Depuis une semaine, le mécanisme de péréquation et de subvention des prix est soumis à une épreuve de force. Historiquement, le Gabon bloque les prix à la pompe pour protéger le pouvoir d’achat, mais l’écart entre le prix réel du marché international et le prix affiché dans les stations-service de Libreville ou de Port-Gentil se creuse de manière vertigineuse. Si l’État décide de maintenir les tarifs actuels, il devra mobiliser des centaines de milliards de fcfa de « manne pétrolière » uniquement pour éponger cette différence, au détriment des investissements dans la santé ou les infrastructures.
Un autre facteur de pression vient des institutions financières internationales, comme le FMI, qui encouragent le Gabon depuis début 2026 à une « vérité des prix ». L’objectif affiché est d’orienter les subventions vers les populations les plus vulnérables plutôt que de subventionner indistinctement la consommation de carburant, qui profite aussi aux plus riches. Cependant, appliquer cette réforme en pleine crise mondiale, avec un baril à 114 dollars, reviendrait à accepter une hausse brutale qui pourrait voir le litre de super dépasser les 800 ou 900 de fcfa, un scénario politiquement et socialement explosif.
L’impact d’une telle hausse ne s’arrêterait pas à la pompe : elle déclencherait une réaction en chaîne sur toute l’économie nationale. Le coût du transport urbain en taxi et clando, ainsi que le prix des denrées alimentaires acheminées par camion depuis l’intérieur du pays ou le Cameroun voisin, subiraient une inflation immédiate. C’est ce spectre d’une « vie chère » démultipliée qui fait hésiter les autorités, conscientes que la stabilité sociale du pays repose en grande partie sur la maîtrise des coûts de l’énergie et du transport.
Pour l’heure, le gouvernement semble privilégier une observation prudente, espérant une désescalade rapide dans le Golfe. Toutefois, si le blocus du détroit d’Ormuz persiste et que le Brent s’installe durablement au-dessus de la barre des 110 dollars, une réajustement partiel des prix à la pompe pourrait devenir inévitable pour éviter la faillite du système de subvention. Le défi sera alors de doser cette hausse pour qu’elle soit supportable, tout en utilisant le surplus des recettes d’exportation de notre propre brut pour amortir le choc pour les transporteurs et les ménages les plus précaires.














