Le Gabon est en train de jouer plusieurs cartes à la fois, et le timing est serré. Tandis que la production pétrolière nationale décline structurellement, passée de plus de 370 000 barils par jour au début des années 2000 à moins de 240 000 aujourd’hui, le pays engage simultanément trois paris miniers et énergétiques majeurs qui pourraient redessiner son profil économique d’ici la fin de la décennie. Trois chantiers, trois échéances, trois paris industriels avec en toile de fond une même urgence : trouver de nouvelles sources de revenus avant que le pétrole ne décroche définitivement.
Le premier pari est celui du fer. Genmin, implanté depuis 2012, vise une production de 5 millions de tonnes de minerai de fer à Baniaka dès fin 2026, avec un objectif de 10 millions de tonnes à l’horizon 2030. Pour un pays dont l’extraction de manganèse par la COMILOG plafonne à 7 à 8 millions de tonnes annuelles, le fer pourrait rapidement devenir un secteur comparable en volume et potentiellement supérieur en valeur si les cours mondiaux restent soutenus par la demande sidérurgique asiatique.
Le deuxième pari est celui du gaz. Panoro Energy et Perenco Oil & Gas Gabon avancent sur leurs projets respectifs de valorisation des ressources gazières offshore, dans un contexte où la Guinée Équatoriale voisine attire Chevron et ConocoPhillips sur des projets similaires, renforçant l’attractivité de toute la façade atlantique de l’Afrique centrale.
Le troisième pari est celui de la consolidation du manganèse. La COMILOG, filiale d’Eramet, reste le pilier minier le plus solide du Gabon, mais son modèle d’exportation de minerai brut montre ses limites. La valeur ajoutée de la transformation locale reste marginale, et la volatilité des cours du manganèse, qui a chuté de près de 50 % entre 2023 et 2025, expose directement les recettes publiques. La création d’un fonds dédié au manganèse dans le cadre des six fonds sectoriels traduit une volonté de capter davantage de valeur en amont, mais le chemin vers une véritable industrie de transformation reste long.
Ces trois paris ne sont pas indépendants les uns des autres. Ils partagent une contrainte commune : les infrastructures. Le Gabon dispose d’un réseau ferroviaire qui relie Libreville à Franceville sur 648 km, mais dont la capacité de transport est saturée par le manganèse. L’intégration de flux de minerai de fer supplémentaires, combinée aux besoins logistiques du gaz, nécessitera des investissements infrastructurels considérables, précisément le domaine du Fonds National pour les Infrastructures en cours de création. La cohérence entre ces différents chantiers sera scrutée.














