Libreville remet le FMI au centre du jeu, dans un timing qui n’a rien d’anodin : la CEMAC serre la vis sur les devises et les déficits, et chaque État doit prouver qu’il contribue à la stabilité collective. Le gouvernement parle d’un programme “de croissance”, mais, dans la mécanique financière, un programme FMI sert d’abord à restaurer une crédibilité : sur la trajectoire budgétaire, sur la gouvernance, et sur la capacité à honorer les engagements sans créer de nouveaux arriérés.
L’histoire récente du Gabon avec le Fonds est chiffrée. En juin 2017, le Conseil d’administration du FMI avait approuvé un accord au titre de la Facilité élargie de crédit/Extended Fund Facility d’environ 642 millions de dollars (montant total approuvé), soit SDR 464,4 millions et près de 390 milliards de fcfa. Pendant la crise Covid, le pays a aussi bénéficié de financements d’urgence via l’instrument RFI : SDR 108 millions approuvés fin juillet 2020 (environ 152,6 millions de dollars et 90 milliards de fcfa), et au total l’IMF rappelle un soutien d’urgence autour de 299,6 millions de dollars en 2020.
Ce rappel de chiffres a un sens : il fixe l’ordre de grandeur de ce que le FMI peut “débloquer” et surtout de ce qu’il “achète” en échange, réformes, transparence, cadres de dépenses, et pilotage de la dette. D’ailleurs, sur la fiche pays, le FMI indique encore des encours (Outstanding purchases and loans) de 369,76 millions de DTS au 31 décembre 2025. Cela signifie que le passif FMI est déjà là : un nouveau programme se construit aussi avec cette contrainte.
Sur le fond, la nouveauté ne sera pas l’existence de conditionnalités puisqu’elles restent structurellement centrées sur la gouvernance des finances publiques et la soutenabilité budgétaire. Ce qui change, c’est le contexte politique et régional : la CEMAC veut des États “alignés”, et le Gabon veut éviter que son agenda d’infrastructures et de relance ne soit perçu comme un risque pour la zone. Plusieurs analyses récentes soulignent d’ailleurs la sensibilité de la zone CFA aux dérapages de dette et de déficit.
La question pour Libreville devient donc très concrète : comment financer un agenda “croissance” sans recréer des tensions de trésorerie et des arriérés, ni donner à la BEAC le signal qu’il faudra resserrer encore la liquidité. C’est là que le FMI sert “d’assistance respiratoire” : il redonne de l’air, mais il impose aussi une ventilation assistée avec cadence, paramètres, contrôle. Et plus la discipline est crédible, plus le pays améliore sa capacité à mobiliser d’autres financements à coût raisonnable, ce qui est généralement l’objectif recherché.











