La rencontre entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema et l’ambassadeur Fabrice Mauriès, le 21 janvier 2026, acte une inflexion dans la relation économique entre Libreville et Paris. Le temps des déclarations générales semble céder la place à une exigence plus opérationnelle : suivre, mesurer, livrer. La proposition de créer un comité de suivi et une task force traduit une volonté de rompre avec les accords sans lendemain.
Les accords économiques conclus lors de la visite d’État française de novembre 2025 couvrent plusieurs secteurs : infrastructures, énergie, transport, formation et appui institutionnel. S’ils n’ont pas tous été chiffrés publiquement, les annonces officielles évoquent des projets représentant plusieurs centaines de milliards de FCFA en potentiel d’investissements cumulés, mobilisant à la fois des entreprises françaises, des financements publics et des instruments de garantie.
Le problème, côté gabonais, n’est pas tant l’absence de partenaires que la lenteur de transformation des accords en chantiers effectifs. En demandant un chronogramme précis et des indicateurs de suivi, le chef de l’État cherche à réduire l’écart entre signature diplomatique et impact économique. Cette approche répond aussi à une contrainte budgétaire : dans un contexte de discipline renforcée et de programme avec le FMI, l’État ne peut plus se permettre des projets flous ou mal séquencés.
Pour la France, l’enjeu est également stratégique. Dans un environnement africain de plus en plus concurrentiel, Paris doit démontrer que ses partenariats produisent des résultats visibles : emplois locaux, transferts de compétences, investissements durables. Le comité de suivi apparaît ainsi comme un outil de sécurisation mutuelle, autant politique qu’économique.
Au fond, cette coopération entre dans une phase plus adulte. Moins maternelle. Moins symbolique, plus contractuelle. Pour Libreville, le succès se mesurera en projets livrés, en emplois créés et en valeur ajoutée locale. Pour Paris, il s’agira de prouver que la relation bilatérale peut s’inscrire dans la durée sans se diluer dans des annonces répétées. La task force annoncée sera jugée non sur son existence, mais sur sa capacité à accélérer concrètement l’investissement.











