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Gabon : GOC multiplie les acquisitions et les CEPP avec l’État, mais toujours aucune visibilité sur ses résultats financiers

le coup de coeur

Depuis le rachat spectaculaire d’Assala Energy en 2024, la Gabon Oil Company (GOC) n’a cessé d’étendre son emprise sur le secteur pétrolier national. En un an, la société publique a multiplié les acquisitions et signé plusieurs Contrats d’Exploitation et de Partage de Production (CEPP) avec l’État, à l’image de celui paraphé le 30 octobre dernier pour la relance des champs Konzi et Ayol. Officiellement, cette montée en puissance incarne la « souveraineté énergétique » prônée par les autorités. Mais sur le plan financier, le flou demeure total.

Le rachat d’Assala Energy, estimé à plus de 633 milliards de fcfa, constitue l’opération la plus marquante. Elle a permis à GOC de récupérer plusieurs champs onshore, des infrastructures de transport et le terminal pétrolier de Gamba. Dans la foulée, l’entreprise nationale a également acquis la filiale gabonaise de Tullow Oil pour environ 307 millions USD (soit plus de 175 milliards de fcfa), avec l’appui financier du négociant Gunvor Group. S’y ajoutent une prise de participation de 15% dans le champ Baudroie auprès de TotalEnergies, ainsi qu’une série de CEPP visant à relancer la production sur des blocs marginalisés.

Mais ces expansions ambitieuses posent une question centrale : avec quels résultats ? À ce jour, aucun rapport financier public de GOC ne permet d’évaluer l’état réel de ses comptes, ni la rentabilité de ses opérations. Les montants investis sont considérables, mais les performances de production restent modestes, dans un contexte où la production nationale a reculé d’environ 4% au premier trimestre 2025. Le risque est désormais que GOC accumule des actifs sans parvenir à en tirer une valeur économique tangible.

D’autant que ces rachats reposent sur un endettement croissant. Les prêts contractés pour financer les acquisitions d’Assala et de Tullow pourraient grever les finances de l’entreprise si les revenus pétroliers ne progressent pas rapidement. Certains analystes s’interrogent déjà sur la pertinence du prix payé, jugé supérieur à la valeur réelle des actifs, alors même que les champs concernés arrivent à maturité. Sans publication d’audit ni d’indicateurs de performance, la crédibilité de GOC reste suspendue à la parole officielle.

La stratégie de « reprise nationale » du patrimoine pétrolier est politiquement populaire, mais économiquement risquée. En l’absence de transparence sur ses résultats, GOC ressemble davantage à un instrument de souveraineté qu’à une entreprise rentable. Pour que cette ambition ne se transforme pas en fardeau budgétaire, il faudra que la société nationale démontre sa capacité à produire, à dégager des marges et à redistribuer les fruits de ses acquisitions. Sans cela, la souveraineté énergétique pourrait bien se limiter à un slogan sans impact réel sur les finances publiques ni sur le quotidien des Gabonais.

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