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Gabon : grève de l’éducation, quand l’accord budgétaire fragmente la base et change la nature du conflit

le coup de coeur

Les dernières annonces gouvernementales entre mise en présalaire de 692 sortants ENIL/ENIF, mise en solde de 328 sortants ENS/ENSET, présalaire pour 1 810 ex-bénévoles, et régularisation de 4 000 situations administratives sur 6 574 codifiées, ont déplacé le centre de gravité du conflit. Sur le plan budgétaire, l’État envoie un signal chiffré et structuré. Sur le terrain, en revanche, ces annonces ont fracturé la représentation et radicalisé une partie de la base, qui refuse désormais toute reprise sans règlement exhaustif des situations administratives avec effet solde.

En lecture financière, les engagements sont significatifs mais maîtrisables. La mise en présalaire (ENIL/ENIF et ex-bénévoles) correspond à des niveaux de rémunération inférieurs à la solde pleine et vise à contenir l’impact immédiat sur la masse salariale. La mise en solde de 328 sortants ENS/ENSET et la régularisation de 4 000 dossiers s’inscrivent, elles, dans la trajectoire déjà annoncée (300 postes budgétaires + régularisations progressives), pour un effort annuel estimé autour de 26 milliards FCFA lorsque l’ensemble sera pleinement exécuté. 

À l’échelle du budget Éducation 2026 (272,15 milliards de fcfa), l’effort est absorbable et cohérent avec une logique de phasage. Le problème n’est plus seulement l’argent, mais le processus. Des échanges internes rapportent des décisions unilatérales (négociations, commissions, communication publique) prises sans mandat explicite de la base, culminant avec l’annonce d’une levée de grève contestée lors d’assemblées générales. Cette séquence a nourri un désaveu d’une partie de la plateforme SOS Éducation et l’émergence d’une nouvelle faction, le Collectif des Enseignants Précarisés du Gabon (CEPG), qui revendique la légitimité de la base et la poursuite du mouvement.

Pour la base mobilisée, les annonces, bien que chiffrées, ne couvrent pas l’intégralité du passif : rappels de solde, avancements avec effet rétroactif, reclassements post-stages, et situations non codifiées restent hors champ immédiat. D’où un message clair répété dans les AG : « tant que nos situations administratives ne sont pas réglées, les cours ne reprendront pas ». La présence visible des forces de sécurité lors d’une AG décisive a renforcé la défiance et l’idée d’une décision imposée.

La grève n’est plus seulement sectorielle : elle devient institutionnelle. D’un côté, l’État avance des jalons budgétaires vérifiables (présalaire, solde, régularisations). De l’autre, une partie de la base exige un cadre démocratique de validation (vote, calendrier opposable, suivi mensuel effectif) avant toute reprise. Cette dissociation entre accord financier et adhésion sociale explique la poursuite du mouvement malgré les annonces.

À court terme, l’incertitude pèse sur la continuité pédagogique. À moyen terme, le risque est celui d’un effet d’entraînement intersectoriel (santé, pétrole), déjà évoqué dans les messages internes. Pour les finances publiques, le danger n’est pas l’effort annoncé, mais l’extension du périmètre si le passif non traité revient à la table. La sortie de crise dépendra donc moins de nouvelles annonces que d’un calendrier exhaustif, opposable et co-construit, capable de réconcilier lisibilité budgétaire et légitimité sociale.

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