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Gabon : « j’ai bousculé les rentes », Henri-Claude Oyima soigne son récit de sortie

le coup de coeur

Henri-Claude Oyima revendique un investissement public porté à près de 15% du PIB en 2025, un niveau effectivement élevé à l’échelle de la CEMAC. Cette performance macroéconomique est présentée comme la preuve d’un volontarisme budgétaire assumé. Toutefois, cet effort s’est accompagné d’une compression de certaines dépenses et d’un resserrement de la discipline budgétaire, ressentis durement par les ménages et les entreprises. La rigueur, si elle est utile sur le papier, produit des effets sociaux immédiats qui ne disparaissent pas dans les statistiques. C’est ce décalage qui nourrit aujourd’hui le débat.

La mobilisation des recettes reste structurellement limitée par une base fiscale étroite. Moins de 15% de la population active contribue effectivement à l’impôt, ce qui réduit considérablement la capacité redistributive de l’État. Dans ce contexte, “bousculer les rentes” apparaît davantage comme un slogan que comme une transformation systémique du modèle fiscal. Sans élargissement de l’assiette, l’effort repose toujours sur les mêmes acteurs formels. Ce déséquilibre fragilise la soutenabilité politique des réformes.

En évoquant des « intérêts installés », Oyima renvoie toute résistance au camp des conservatismes. Pourtant, certaines oppositions peuvent aussi traduire des défauts de conception ou d’exécution des réformes. Dans plusieurs secteurs, les acteurs économiques dénoncent surtout l’imprévisibilité réglementaire et la lenteur administrative. Une réforme mal comprise ou mal appliquée peut produire autant de blocages qu’une rente assumée. La frontière entre résistance au changement et critique légitime reste donc floue.

Le verdict social lui, est sans appel : la majorité des Gabonais juge les réformes à l’aune de leur quotidien. Or, en 2025, le pays a connu des tensions récurrentes sur le carburant, le gaz (avec une pénurie en ce début de mois de janvier), l’électricité et les transports. Ces dysfonctionnements affaiblissent la portée du discours sur la rigueur et la transformation. Une réforme économique qui ne se traduit pas par une amélioration visible des services publics peine à convaincre. C’est là que le récit technocratique se heurte à la réalité sociale.

La question de fond reste celle de l’héritage. Quelles réformes sont véritablement irréversibles ? Si les transformations engagées sont solides, elles devraient survivre au départ de leur architecte. À défaut, le passage d’Oyima risque d’être relu comme une séquence de transition, riche en intentions mais pauvre en ancrage structurel. Dans un pays en quête de stabilité économique, cette interrogation est lourde de sens politique.

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