Le gouvernement gabonais a fixé une échéance radicale : le 1er janvier 2027, l’importation de poulets de chair sera interdite. Cette décision vise à restaurer une souveraineté alimentaire perdue et à stopper l’hémorragie de devises vers l’étranger. Pour préparer ce choc, le ministre de l’Agriculture s’est tourné vers le modèle sénégalais, référence régionale en matière d’intégration avicole. Le pari est immense, mais le délai est extrêmement court.
Le modèle sénégalais repose sur une chaîne complète : provenderies (alimentation), couvoirs (poussins) et abattoirs modernes. Au Gabon, cette infrastructure est encore embryonnaire ou déséquilibrée. Pour réussir l’interdiction de 2027, le pays doit construire en moins de deux ans ce que d’autres ont mis des décennies à structurer. Le risque est clair : une pénurie massive de poulet et une explosion des prix si la production locale ne suit pas le rythme de la consommation nationale.
Le transfert de compétences entre Dakar et Libreville est une étape nécessaire mais insuffisante. La réussite du projet dépendra de la capacité de l’État à soutenir les éleveurs locaux face au coût élevé de l’aliment pour bétail, qui représente 70 % du prix de revient d’un poulet. Sans une baisse drastique des coûts de production, le poulet « made in Gabon » sera un produit de luxe inaccessible à la majorité des ménages.

Le passage de l’importation à l’autosuffisance est une épreuve de force pour les partenariats public-privé. L’État ne pourra pas tout financer seul. Il doit créer un environnement fiscal et logistique qui attire les investisseurs dans des unités avicoles intégrées. Le compte à rebours est lancé, et chaque jour sans nouvelle installation industrielle nous rapproche d’une crise alimentaire au 1er janvier 2027.
La fin du poulet importé est le test ultime de la volonté de diversification économique du Gabon. Si le pays réussit, il prouvera qu’il peut rompre avec la dépendance coloniale aux importations de base. S’il échoue, l’interdiction sera levée dans l’urgence sous la pression populaire, marquant un recul humiliant pour la politique agricole nationale. 2027 sera l’année de vérité pour le panier de la ménagère.














