En France, la Haute Autorité de la Santé joue un rôle central dans la protection des patients. Elle évalue la qualité des soins, certifie les hôpitaux et cliniques, publie des rapports publics et peut placer des établissements sous surveillance lorsque les standards ne sont pas atteints. En ce début 2026, ses travaux ont de nouveau mis en lumière des insuffisances de qualité dans certains établissements, rappelant que l’évaluation indépendante et la transparence sont devenues des leviers essentiels d’amélioration continue.
Au Gabon, il n’existe pas d’équivalent institutionnel indépendant chargé d’évaluer la qualité des soins de manière régulière, publique et opposable. Le contrôle relève principalement du ministère de la Santé, à travers des inspections et des procédures d’agrément. Ces actions existent, mais elles sont ponctuelles, peu lisibles pour les usagers et sans système de certification continue permettant de comparer les établissements dans le temps. Le patient, lui, ne dispose d’aucun indicateur officiel pour apprécier la qualité d’un hôpital ou d’une clinique. Au Centre hospitalier universitaire d’Owendo, des patients doivent subir les pires humiliations quand ce ne sont pas des erreurs médicales qui entraînent la mort : absence de clim dans les chambres d’hospitalisation, diagnostics erronés, négligence dans le suivi des patients, etc.
Pourtant, les dysfonctionnements sont documentés. Des inspections menées ces dernières années ont conduit à des fermetures et suspensions de cliniques privées pour non-conformité, avec des constats alarmants sur l’hygiène, le personnel non qualifié ou l’absence d’agrément. Ces opérations montrent que l’État peut agir, mais aussi que les dérives sont structurelles et appellent un cadre plus robuste que des contrôles ad hoc, surtout dans un secteur qui engage directement la vie des patients.
L’argument institutionnel est d’autant plus fort que d’autres secteurs disposent déjà d’autorités indépendantes dotées de pouvoirs de sanction. La Haute Autorité de la Communication, par exemple, peut avertir, suspendre ou retirer des autorisations lorsqu’un média commet des dérives. Le parallèle interpelle : si la communication justifie une autorité autonome pour protéger l’espace public, pourquoi la santé, qui touche à la sécurité et à la dignité humaines, resterait-elle sans un dispositif comparable ?
Une Haute Autorité de la Santé gabonaise ne se substituerait pas au ministère. Elle viendrait compléter l’action publique par des référentiels clairs, des audits réguliers, une certification périodique des établissements publics et privés, et la publication de résultats accessibles aux citoyens. En instaurant une méthode indépendante, elle permettrait de prévenir les dérives plutôt que de les traiter dans l’urgence, de renforcer la confiance des populations et, surtout, d’élever durablement la qualité des soins. La question n’est donc plus celle de l’opportunité, mais du calendrier.











