L’arrivée d’EBOMAF au Gabon s’est accompagnée d’une avalanche d’annonces chiffrées. Entre 2023 et 2024, le groupe burkinabè revendiquait plusieurs centaines de milliards fcfa de projets cumulés en Afrique centrale, dont une part significative au Gabon dans les infrastructures, le transport maritime et la pêche. Certains contrats évoqués publiquement portaient sur des montants unitaires allant de 30 à 80 milliards de fcfa, souvent attribués en procédure accélérée, alimentant un malaise sur la transparence.
Le partenariat avec la CNNII devait symboliser cette nouvelle ère. Il promettait une remise à flot rapide de l’armateur national, avec des investissements annoncés dans la flotte et la logistique. Moins de deux ans plus tard, le bilan est sévère : aucune amélioration durable de la trésorerie, aucune stabilisation sociale, et une rupture officielle actée en août 2025. Le contraste entre la communication initiale et la réalité opérationnelle est brutal.
Le projet IB Fish illustre ce décalage
Présenté comme une initiative de transformation halieutique capable de réduire une facture d’importation de poissons estimée à plus de 60 milliards fcfa par an, le projet devait générer plusieurs centaines d’emplois directs. À ce jour, aucun site industriel d’envergure n’est pleinement opérationnel, et les volumes transformés localement restent marginaux. Là encore, l’annonce a précédé la capacité réelle d’exécution.
LIRE AUSSI : Gabon: l’amour a t-il tourné court entre la CNNII, l’État gabonais et EBOMAF?
Depuis mi-2025, EBOMAF adopte un profil bas. Moins de projets annoncés, moins d’exposition médiatique, et une présence plus discrète dans les cercles décisionnels. Cette évolution reflète une réalité politique gabonaise : les alliances rapides peuvent se défaire aussi vite qu’elles se nouent, surtout lorsque les résultats tangibles tardent à apparaître.
Au final, l’entreprise devient un cas d’école du risque politique pour les grands groupes étrangers : entrer vite, promettre beaucoup, mais se heurter à un environnement où la patience institutionnelle est limitée et où l’opinion publique commence à exiger des livraisons, pas des maquettes.











