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Gabon : la Nyanga concentre 77% de ménages pauvres, le gouvernement a décidé d’en faire un hub minier de l’après-pétrole

Le projet de corridor minier fer-potasse-marbre dans la province de la Nyanga, avec des prévisions de recettes de 100 milliards de fcfa dès 2026, pose un défi majeur de justice distributive. Alors que la province affiche un taux de pauvreté record de 77 %, l’arrivée massive de capitaux extractifs risque de créer une économie d’enclaves. Le paradoxe est frappant : une richesse souterraine immense dans une zone où l’indice de développement humain est l’un des plus bas du pays.

La question de l’employabilité locale est le point critique de cette stratégie. Avec 7 000 emplois annoncés, le risque est de voir une main-d’œuvre qualifiée migrer des zones urbaines (Libreville, Port-Gentil) ou de l’étranger, laissant les populations locales cantonnées aux tâches subalternes. Sans un plan d’urgence de formation professionnelle spécifique aux métiers de la mine pour les jeunes de la Nyanga, l’impact social du projet sera nul, voire négatif par l’inflation locale qu’il générera. A moins que priorité ne soit accordée aux ressortissants qualifiés de la diaspora (locale et internationale).

Sur le plan des infrastructures, le désenclavement de la province est une condition sine qua non de la rentabilité du corridor. L’évacuation du minerai nécessite des investissements lourds en rail et en installations portuaires (Mayumba). La viabilité du modèle repose sur un Partenariat Public-Privé (PPP) équilibré, où l’investisseur ne se contente pas d’extraire, mais participe au financement des biens publics essentiels.

L’aspect fiscal mérite également une attention particulière. Comment l’État compte-t-il redistribuer ces 100 milliards de fcfa de recettes annuelles ? Une quote-part dédiée au développement provincial est indispensable pour éviter le syndrome de la « malédiction des ressources ». La création d’un fonds souverain local ou d’un budget spécial d’investissement pour la Nyanga permettrait de transformer la rente minière en capital productif durable.

La stabilité sociale de la région dépendra de la transparence des conventions minières. Les populations, désormais plus attentives à la gestion de leur patrimoine, exigent une visibilité sur les retombées réelles. Si le corridor minier ne devient pas un moteur de transformation pour les 77 % de ménages pauvres, il restera perçu comme une exploitation exogène, porteuse de tensions futures pour l’État.

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