La Loi de finances 2026 prévoit une forte progression de la taxe sur les transferts financiers, dont le rendement est attendu à 3,69 milliards de fcfa, contre environ 2,55 milliards de fcfa en 2025, soit une hausse de +1,14 milliard de fcfa (+45 %) en un an. À l’échelle du budget de l’État, le montant reste limité. Mais à l’échelle de la vie économique réelle, cette taxe touche un nerf central : les flux monétaires du quotidien, devenus indispensables pour des centaines de milliers de ménages.
Cette fiscalité s’applique aux transferts électroniques, nationaux et internationaux : paiements mobile money, envois familiaux, règlements à distance, petits transferts réguliers entre proches. Autrement dit, elle ne cible pas un produit “de confort”, mais un outil de survie économique pour de nombreux foyers, notamment dans un contexte où les paiements en espèces reculent et où les services financiers numériques se sont imposés comme une infrastructure de base.
Pour comprendre ce que représente 1,14 milliard de de fcfa de hausse, il faut le traduire en usages. 1 milliard de fcfa, c’est par exemple : 10 millions de transferts surtaxés de 100 de fcfa chacun, ou 5 millions de transferts surtaxés de 200 fcfa, ou encore 1 million de transferts surtaxés de 1 000 fcfa . Rapporté à une population urbaine très dépendante du mobile money, cela signifie que la taxe ne se voit pas sous la forme d’un “nouvel impôt”, mais d’une érosion progressive de chaque transaction : envoyer de l’argent à un proche, payer un service, recevoir un soutien familial coûte un peu plus cher, à chaque fois. Pour un ménage qui effectue 20 à 30 transferts par mois, le surcoût peut rapidement atteindre 2 000 à 5 000 fcfa mensuels, sans changement de comportement.
Sur le plan budgétaire, ces 3,7 milliards de fcfa constituent une recette attractive car elle est difficile à éviter : plus l’économie se digitalise, plus la base taxable s’élargit. C’est précisément ce type de mécanisme que les analyses des juridictions financières abordent avec prudence : une taxe qui progresse mécaniquement avec la modernisation des usages peut devenir très rentable… mais aussi socialement sensible si elle freine l’inclusion financière ou renchérit l’accès aux services.
Le Ghana a suivi une trajectoire similaire avec la E-Levy, une taxe appliquée aux transactions électroniques. Introduite à un taux initial de 1,5 %, puis ramenée à 1 %, elle devait générer plusieurs milliards de cedis de recettes. Dans les faits, les premières années ont montré un recul du volume des transactions et une adaptation rapide des comportements (retour partiel au cash, fractionnement des transferts), obligeant les autorités à ajuster le dispositif. Le cas ghanéen illustre le fait que fiscaliser les flux financiers numériques peut produire du rendement à court terme, mais aussi modifier les usages plus vite que prévu.
Appliqué au Gabon, ce parallèle permet de lire autrement les 3,69 milliards de fcfa attendus en 2026. Le rendement repose sur l’hypothèse d’une poursuite de la croissance des transactions électroniques, sans rupture de comportement. Or, plus la taxe augmente, plus les ménages arbitrent : transferts moins fréquents, montants fractionnés, recours accru au cash. Ce sont ces ajustements silencieux que les institutions de contrôle budgétaire invitent à intégrer dans l’évaluation de soutenabilité.













