Le cours du Brent a bondi de près de 10 % cette semaine, atteignant des sommets inédits depuis des années. Pour le Gabon, ce chiffre est vertigineux : nous naviguons désormais à près de 45 dollars au-dessus des prévisions initiales du projet de loi de finances 2026. Ce décalage massif entre la théorie budgétaire et la réalité du marché crée une « super-manne » de recettes fiscales, mais il place également l’État face à une volatilité extrême qu’il devient difficile de piloter sur le long terme.
Si cette hausse est une aubaine pour l’exportation de notre brut, elle expose cruellement notre dépendance aux carburants importés. À 116 dollars le baril, le coût de l’essence et du gasoil raffinés à l’étranger explose. Pour le Gabon, la modernisation de l’outil de raffinage national n’est plus seulement un projet industriel, c’est une nécessité de sécurité nationale pour éviter que les profits réalisés sur le pétrole brut ne soient intégralement « brûlés » par la facture des produits finis importés au prix fort.
La vigilance est maximale pour le pouvoir d’achat des Gabonais. Un pétrole à ce niveau renchérit immédiatement le fret maritime et les coûts logistiques mondiaux. Libreville, très dépendante des importations alimentaires, pourrait voir les prix de la grande consommation grimper dans les prochaines semaines. L’enjeu pour le gouvernement est d’utiliser ce surplus de recettes pétrolières pour renforcer les filets sociaux et stabiliser les coûts du transport urbain avant que la grogne ne gagne les foyers.
Avec ce cash imprévu, le Gabon dispose d’un levier puissant pour accélérer son désendettement ou financer ses grands chantiers d’infrastructures prévus dans le budget record de 6358 milliards de fcfa. Toutefois, les experts appellent à la prudence : une désescalade diplomatique au Moyen-Orient pourrait faire chuter les cours aussi rapidement qu’ils sont montés. Le défi sera de ne pas transformer cette manne conjoncturelle en dépenses de fonctionnement permanentes, afin de ne pas fragiliser les finances publiques en cas de retour à la normale.














