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Gabon : le CNEF est-il à côté de la plaque avec ses 6,5 % de croissance attendue en 2026?

le coup de coeur

Le Comité national économique et financier (CNEF) table sur une croissance de 6,5% en 2026, contre 3,5% estimés en 2025, soit presque un doublement du rythme de croissance en un an. Pour y parvenir, l’investissement public est présenté comme le moteur central de la relance. Or, sur les 2 137 milliards de fcfa d’investissements inscrits au budget 2026, l’exécution effective dépasse rarement 65 à 70% selon les historiques budgétaires. Ce qui signifie qu’en pratique, seuls 1400 à 1500 milliards de fcfa pourraient réellement irriguer l’économie. Cet écart structurel entre prévision et réalisation est un facteur de fragilité rarement assumé dans les scénarios officiels. Il réduit mécaniquement l’impact multiplicateur attendu sur la croissance.

Le financement de ces investissements repose en grande partie sur l’emprunt en monnaie locale, censé renforcer la souveraineté financière. Mais cette stratégie n’est pas sans risque : une absorption massive de liquidités par l’État peut assécher le crédit au secteur privé, déjà fragile. En 2025, le crédit à l’économie progressait à un rythme inférieur à 5%, insuffisant pour soutenir une croissance inclusive. Si l’État devient le principal capteur de ressources financières, les PME risquent d’être évincées du financement bancaire. À terme, la croissance pourrait devenir administrée plutôt que productive.

Autre fragilité : le marché des changes. Le Gabon importe plus de 70% de ses biens de consommation, ce qui exerce une pression constante sur les réserves de devises. Le développement du marché parallèle à Mont-Bouët est un indicateur avancé de ce déséquilibre. Tant que l’accès au change officiel restera lent ou insuffisant pour les opérateurs économiques, les circuits informels prospéreront. La répression annoncée par le CNEF ne traite que le symptôme, pas la cause structurelle du déficit de devises.

L’inflation officielle annoncée sous les 3% masque de fortes disparités sectorielles. Sur l’alimentation et l’énergie, les hausses constatées par les ménages atteignent souvent 8 à 12% sur certains produits de base. Cette divergence nourrit un sentiment de déconnexion entre les indicateurs macroéconomiques et la réalité sociale. Une croissance élevée qui ne se traduit pas par une amélioration du pouvoir d’achat risque d’être perçue comme artificielle. Le risque politique est celui d’une croissance “statistique”, socialement inaudible.

Le pari du CNEF est ambitieux, mais il exigera une exécution quasi parfaite dans un environnement historiquement marqué par les retards, les reprogrammations et les tensions de trésorerie. À ce niveau, la marge d’erreur est faible. Un dérapage, même partiel, remettrait en cause la crédibilité de la trajectoire annoncée. Plus encore, il exposerait l’exécutif à une contestation sociale renforcée si les promesses de croissance ne se matérialisent pas dans la vie quotidienne. Ici, l’erreur n’est plus technique : elle devient politique.

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