Depuis plusieurs mois, l’éducation nationale gabonaise est secouée par un conflit social majeur, avec des enseignants mobilisés pour revendiquer des régularisations administratives, des paiements de vacations et des améliorations de leurs conditions de travail. À la tête de ce secteur stratégique, deux figures ministérielles, Laurence Ndong, ministre de la Fonction publique, et Camélia Ntoutoume Leclercq, ministre de l’Éducation nationale, ont pris en main la gestion de la crise. Pourtant, les annonces et les décisions prises par ce duo continuent de soulever des interrogations, notamment sur l’exécution réelle des mesures et leur impact sur la crise.
Au cœur des revendications des enseignants, la régularisation des situations administratives occupe une place centrale. 9 903 agents auraient été recensés comme étant en situation irrégulière, selon les données communiquées par les autorités. Le protocole consolidé signé entre l’État et les syndicats annonce la régularisation de 4 000 dossiers, mais le décalage entre cette promesse et la réalité sur le terrain reste évident. En février 2026, seuls 20 enseignants sur les 148 prévus ont été mis en solde, un retard qui alimente la frustration des grévistes. Alors que le gouvernement justifie ce report par des « ajustements techniques », cette gestion différée soulève des questions sur la réactivité administrative de l’exécutif.
Le duo Ndong-Ntoutoume Leclercq, en charge de l’application des mesures promises, se retrouve donc face à un défi de taille. Laurence Ndong, responsable de la Fonction publique, est la première à devoir gérer les régularisations administratives. Cependant, la lenteur du traitement des dossiers et l’absence de calendrier précis alimentent la méfiance grandissante parmi les enseignants. L’une des principales critiques à l’égard de ce ministère réside dans l’absence d’une stratégie claire pour accélérer la gestion des dossiers. La question des vacances administratives, ou de la gestion transitoire des enseignants non titularisés, reste une épine dans le pied du gouvernement, qui peine à mettre en place une régularisation rapide et efficace.
Camélia Ntoutoume Leclercq, quant à elle, fait face à un autre volet essentiel de cette crise : celui des conditions d’enseignement et de la gestion quotidienne des écoles. Le budget de l’Éducation nationale pour 2026, 282 milliards de fcfa, est un signe de l’engagement financier du gouvernement dans le secteur. Pourtant, les enseignants, dans leur grande majorité, estiment que la réalité sur le terrain n’est pas à la hauteur des annonces. La mise en solde, l’intégration des vacataires et les rappels de salaires sont perçus comme des promesses partiellement exécutées. Le manque d’infrastructures adéquates et le système de gestion des carrières continuent d’alimenter les frustrations. Le retard dans la régularisation des dossiers administratifs et l’absence de mesures concrètes sur l’amélioration des conditions de travail soulignent la lenteur du gouvernement à résoudre des problèmes structurels.
Il est également à noter que le gouvernement, par le biais de la ministre de l’Éducation nationale, continue de souligner que des avancées concrètes ont été faites, avec des chiffres précis concernant les régularisations administratives, les vacations, et les présalaires. Cependant, l’incohérence entre les chiffres communiqués et la réalité sur le terrain pose question. En effet, malgré les annonces de régularisations massives et d’engagements financiers importants, les enseignants restent en grande majorité insatisfaits et persistent dans leur mouvement de grève, l’argument étant que ces avancées sont partielles et lentes à appliquer.
Finalement, bien que le duo Ndong-Ntoutoume Leclercq soit aux commandes de l’éducation nationale, leurs efforts pour résoudre la crise sont souvent perçus comme insuffisants. La profondeur des réformes nécessaires pour répondre durablement aux revendications des enseignants semble encore hors de portée. Les retards dans les régularisations, la gestion bureaucratique et le manque de transparence dans l’exécution des promesses gouvernementales fragilisent la parole de l’État et creusent le fossé entre les annonces publiques et les attentes réelles des enseignants. Tant que la marge d’incertitude administrative ne sera pas réduite et que les engagements financiers ne seront pas mis en œuvre de manière intégrale, le climat social dans l’éducation nationale continuera de se tendre.













